mercredi 30 mai 2012

262. R.Wan: "Le papier d'Arménie" (2012)

Le dernier album de R.Wan réserve de belles surprises, au premier rang desquelles figure le  troublant « papier d’Arménie », évocation sensible du génocide arménien. L'impeccable orchestration plonge l'auditeur dans une atmosphère ouateuse et onirique; quant au texte, il insiste sur la fragilité de la mémoire. L'éloignement dans le temps rend d'autant plus ténu les souvenirs d'un drame que les autorités turques s'emploient à nier ("une fumée de martyrs que l'armée nie en bloc"). La chanson constitue un bel hommage à une génération perdue d'Arméniens, derniers représentants d'une population présente depuis des lustres sur cette terre âprement disputée par les puissances régionales successives (le chanteur évoque tour à tour Byzance, Constantinople, Istanbul).

En quoi les massacres de 1915 se distinguent-ils des pogroms précédents? Pourquoi constituent-ils toujours une pierre d'achoppement dans les relations entre la Turquie et les communautés arméniennes de la planète?


 

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Entre mer Noire et mer Caspienne, Caucase et Mésopotamie, situé au carrefour des grands Empires perse, romain, byzantin, puis arabe, mongol, ottoman et russe, le royaume chrétien d'Arménie est âprement disputé depuis sa fondation au VIème siècle avant JC.
Au XVIè siècle, partagé entre l'empire ottoman et persan, il est aussi l'objet de la convoitise des Russes. Par le traité de Türkmençay de 1828, la Perse cède à la Russie toute l'Arménie orientale. Les provinces de l'ouest restent quant à elles soumises à l'Empire ottoman.
Ce dernier, en plein reflux dans la seconde moitié du XIXème siècle, perd progressivement la plupart de ses territoires européens.
Ce dépeçage constitue un véritable traumatisme pour les autorités turques contraintes de se recentrer sur l'Anatolie. Or, même dans son repli anatolien, l'Empire reste fragile puisque la question arménienne devient un des motifs d'ingérence des puissances européennes. Intéressées au partage des dépouilles de l'empire, ces dernières imposent par exemple lors du congrès de Berlin de 1878, l'octroi de mesures garantissant la sécurité des populations arméniennes. On prévoit ainsi que "les améliorations et les réformes nécessaires seront effectuées sans retard dans les provinces habitées par les Arméniens."

Dessin de Michael en couverture de  l'Assiette au beurre du 16 août 1902. Le journal anarchiste impute la responsabilité des massacres d'Arméniens au sultan Abdülhamid II (1876-1909), le "grand saigneur". En France, un puissant courant arménophile rassemble de nombreux intellectuels et hommes politiques tels que la journaliste Séverine, Anatole France, Jaurès ou Clemenceau.


 Le traité reste toutefois lettre morte, car les autorités turques redoutent que la population arménienne, qui constitue une majorité absolue ou relative dans les provinces (vilayet) de l'est, ne revendique à son tour un statut d'autonomie qui pourrait constituer un premier pas vers l'indépendance.
Dès lors, pour contrecarrer un éventuel séparatisme, les gouvernements successifs engagent une politique de redécoupage administratif et d'installation de réfugiés musulmans des Balkans et du Caucase dans les provinces arméniennes. Face à cette pression démographique, les Arméniens se dotent de partis politiques: Armenakan créé à Van en 1885, parti Hintchak (social-démocrate) fondé à Genève en 1887 et parti Dachnak à Tiflis côté russe en 1890. Ce dernier prône l'autodéfense et l'émancipation des Arméniens de l'empire ottoman. Les affrontements se multiplient dans les campagnes du Sassoun (à l'ouest du lac de Van). En 1894, pressé d'appliquer les réformes promises au congrès de Berlin, le sultan attise au contraire les haines en colportant des rumeurs de complot qui débuchent sur le massacre des Arméniens.
Les manifestations de protestation organisées par le parti Hintchak à Constantinople le 30 septembre 1895 entraînent de nouvelles exécutions. Les violences se poursuivent dans les provinces jusqu'en 1896 et se soldent par plus de 200 000 victimes. La cruauté exceptionnelle dans la mise à mort caractérise ces massacres qui contribuent par ailleurs à marginaliser un peu plus les Arméniens survivants.

Erzéroum, octobre 1895. Enterrement d'Arméniens dans une fosse commune, au lendemain des massacres.


Le mouvement des Jeunes-Turcs s'empare du pouvoir en 1908. Ses fondateurs ont créé quelques années plus tôt à Salonique le Comité union et progrès (CPU) dont le programme de 1902 prétend "établir, entre les différentes nations de l'empire, une entente qui assurerait à tous la pleine jouissance de leurs droits." Or, à l'idéal révolutionnaire initial succède rapidement un nationalisme exacerbé par la perte des derniers territoires européens de l'Empire (guerres balkaniques  de 1912-1913).
Réfugiés des Balkans pour une majorité d'entre eux, les Jeunes-Turcs  sont plus que jamais déterminés à sauver ce qui reste de l'Empire. Ils militent pour la turquification du territoire et aspirent à créer une « grande Turquie » ethniquement homogène. Pour ce faire, ils organisent de vastes déplacements des populations visant à installer des musulmans provenant du Caucase et des Balkans en Anatolie pour en renforcer le caractère musulman et turc. (1)
Or, la réalisation de ce projet risque d'être entravé par la question des minorités. Les Arméniens constituent un obstacle à la réalisation du grand ensemble "pantouranien" (de la Turquie à la Sibérie). (2)

Cette politique d'"ingénierie démographique" (cf Fuat Dündar) a de lourdes conséquences. Les tensions s'aggravent dans les vilayets orientaux en raison des expropriations menées par des réfugiés de Macédoine et de Thrace, mais aussi à cause des actes de brigandage opérés par les nomades kurdes encouragés par les autorités.
C'est alors qu'une seconde vague de massacres d'Arméniens débute à Adana aux lendemains des fêtes de Pâques. Du 14 au 16 avril 1909, les quartiers arméniens sont pris d'assaut. Les troupes régulières envoyées de Constantinople, loin de mettre un terme aux violences, y participent. Les assassinats se multiplient dans toute la Cilicie. Au total, on dénombre 30 000 victimes. Même si beaucoup attribuent la responsabilité des exactions à l'ancien régime agonisant - le sultan Abdülhamid abdique peu après -, la responsabilité des Jeunes-Turcs semble pourtant bien engagée.
En 1913, à l'issue des guerres balkaniques, le pouvoir est accaparé par le CPU qui instaure une dictature militaire dirigée par Enver, Djémal et Talaat, respectivement en charge de la Guerre, de la Marine et de l'Intérieur.

A la veille de la Première Guerre mondiale, on dénombre entre 1,5 (d'après les autorités turques) et 2 millions (selon le patriarcat de Constantinople) d'Arméniens dans l'Empire, principalement installés dans les vilayets (provinces) de Van, Bitlis, Erzurum, Sivas, ainsi qu'à Istanbul. Cliquez sur la carte pour l'agrandir.


 En février 1914, sous la pression des puissances occidentales, les autorités ottomanes signent la « réforme de l’Arménie ». Inspiré par la Russie, ce plan de réformes en faveur des Arméniens de l’Anatolie orientale, est rapidement considéré par le CUP comme un premier pas vers l’indépendance pour ces régions. Rendu caduque par l'entrée en guerre, il marque aux yeux des Jeunes-Turcs l’intrusion inacceptable des Russes dans ce qu'ils considèrent comme le « foyer turc ». Son effet sera déterminant dans la politique anti-arménienne menée en 1915.

Admiratifs de la puissance militaire allemande et convaincus de sa victoire finale, les Jeunes-Turcs (Enver Pacha, Djemal Pacha) entrent en guerre aux côtés de la Triplice à la fin octobre 1914. Ils espèrent de cet engagement des gains de territoire. Mais, très vite, la situation s'avère catastrophique pour les armées ottomanes qui subissent un très grave revers lors de l’attaque de Sarikamich (en décembre 1914-janvier 1915) contre la Russie. Cette déroute ouvre l’Anatolie aux armées du tsar. La défaite de Suez (janvier-février 1915) contre les Britanniques, et la bataille des Dardanelles aggravent encore la situation. Dans ces conditions, comme le disait Enver Pacha au consul américain, « on ne peut pas se permettre une attaque [des Arméniens] dans le dos », c’est-à-dire en Anatolie orientale.


* Origines et principales étapes des massacres:

Lors de l'offensive russe de l'hiver 1914, les territoires turco-arméniens sont envahis. La contre-offensive menée par Enver Pacha dans le Caucase se solde par un cuisant échec pour la Turquie qui perd 90 000 hommes en quelques semaines. Pour le gouvernement jeune-turc, la faute en incombe à une conspiration russo-arménienne, d'autant mieux établie selon lui que des soldats arméniens combattent dans les deux armées. Ces derniers deviennent alors des boucs émissaires pratiques dans le contexte chaotique de l'Empire en guerre.

Il semble possible de distinguer trois phases principales du génocide.
1 Première étape, policière :
 Aux lendemains de la bataille de Sarikamich en décembre 1914, l’armée identifie une poignée d'agitateurs nationalistes arméniens (comitadji) au sein de l’armée russe  et constate la désertion de quelques Arméniens des troupes ottomanes. Des rumeurs véhiculées par les Jeunes Turcs accréditent alors l'idée que les soldats arméniens désertent en masse pour s'enrôler dans les forces russes.  Dès le mois de février 1915, ces allégations servent au désarmement des soldats arméniens de l'armée turque. Affectés à des bataillons de travail, la plupart sont ensuite exécutés.

Cadavres décapités de travailleurs. Le rapport Bernau constate: "(...) les hommes d'un âge moyen et les jeunes hommes qui n'ont pas encore été égorgés, sont répandus sur les routes de l'Empire où ils cassent des pierres pour faire face aux réquisitions de l'armée, ou bien sont occupés à d'autres travaux pour le compte de l’État."


2. Dans un second temps (février 1915), le commandant Djemal Pacha décide de déporter les Arméniens de Dörtyol (point de débarquement potentiel pour les alliés) et de Zeytoun (zone de ralliement des jeunes Arméniens fuyant le service militaire) vers la province de Konya.
 Le 24 inaugure une nouvelle phase marquée par la destitution des fonctionnaires et l'arrestation des élites  d’Istanbul (avocats, médecins, journalistes, députés) déportées en Anatolie avant d'être éliminées.
La nouvelle de ces déportations provoque une véritable panique chez les Arméniens des régions orientales qui redoutent une extermination systématique. A Van, ces derniers s'empressent de dresser des barricades.
C'est alors qu'est décidée l'évacuation, d'abord limitée (9 mai 1915), puis totale (le 23) des Arméniens des provinces d’Erzéroum, Bitlis et Van. Les Russes s'emparent de cette dernière au cours du mois de mai ce qui offre un répit aux Arméniens dont certains se réfugient en Russie. Pour les autorités turques, ces départs confirment la "duplicité arménienne".

Convoi d'Arménien lors des déportations en direction de la Syrie. [photo d'Armin Wegner] (3) Selon un employé allemand du chemin de fer de Bagdad: "Pendant le transport, on volait d'abord aux déportés leur argent comptant, puis tous leurs biens. Les 4/5 des déportés sont des femmes et des enfants. Les 3/5 d'entre eux vont nu-pieds. Les déportés étaient particulièrement affligés de n'avoir pu ensevelir leurs morts. Les cadavres restent sur la route, n'importe où. Des femmes portent encore sur leur dos, pendant des journées entières, les cadavres de leurs enfants."


3. En plein repli devant l'avancée russe, les unités turques perpétuent des massacres de masse (de fin mai à août 1915). Pour l'occasion, les troupes régulières sont épaulées par les régiments kurdes de cavalerie. (4)
Sous prétexte  de déplacer de manière provisoire les populations arméniennes loin des zones de front, Talaat Pacha ordonne dans un télégramme codé (21 juin 1915),  l’évacuation de « tous les Arméniens sans exception » des provinces d'Anatolie orientale. Mais les déportations affectent bientôt (hiver 1915-1916) les provinces de l'ouest pourtant très éloignées du front.
Les rares hommes valides non mobilisés sont séparés de leurs familles et assassinés. Femmes, enfants et vieillards sont astreints aux terribles "marches de la mort", à l'issue desquelles les survivants sont regroupés dans des camps de concentration installés dans les déserts de Syrie et de Mésopotamie.
Quant ils ne sont pas massacrés dans des zones désertiques (charnier de Deir ez Zor), les orphelins arméniens sont dispersés par le gouvernement dans des foyers musulmans ou des orphelinats; les rescapées arméniennes sont quant à elles mariées à des musulmans pour leur « assimilation et instruction ».

Enfants photographiés par Amin Wegner dans le camp de Ras ul-Aïn. Un témoin oculaire évoque ces camps de concentration des déportés dans le rapport Bernau: "Il est impossible de donner une idée de l'impression que m'a causée mon voyage à travers ces campements arméniens disséminés le long de l'Euphrate (...). C'est à peine si on peut les appeler campements, car de fait la plus grande partie de ces malheureux brutalement arrachés à leurs foyers (...) sont parqués comme du bétail en plein air, sans le moindre abri, (...), très irrégulièrement nourris et toujours d'une façon plus qu'insuffisante."
 

* Combien de victimes?
Le bilan des victimes des massacres, de la déportation ou des camps  demeure un sujet très controversé et les chiffres varient considérablement selon les sources: 800 000 victimes selon les autorités turques en 1919, 1 500 000 selon certaines associations arméniennes, entre 650 000 et 1M2 de victimes pour la plupart des historiens. Des chiffres énormes puisqu'ils représentent la moitié ou les deux tiers de la population arménienne de l'Empire en 1914! 

Carte du génocide arménien (tirée du manuel d'histoire 1ère Bordas).  Des massacres sont perpétrés à l'est de Anatolie, dans les six provinces d'Erzeroum, Bitlis, Diyarbakir, Sivas, Kharpout, Trébizonde, mais aussi dans l'ouest et le centre, ainsi qu'en Cilicie. 
Les rescapés du génocide sont les Arméniens délivrés par l'offensive russe, ainsi que  la majorité de ceux vivant à Istanbul et Smyrne, en raison de la présence d'observateurs étrangers, témoins potentiels des exactions commises. (5)


* Acteurs et responsabilités.

L’acteur principal des massacres de masse est une organisation secrète paramilitaire créée par le CUP probablement en 1914: l’Organisation spéciale Teshkilat-i Mahsusa (OS). Composée en partie de prisonniers de droit commun libérés, l'organisation mène d'abord des missions sur le front russe. La débâcle militaire entraîne son repli vers l'intérieur où elle se livre à des massacres de grande ampleur.
L’armée ottomane a également déporté les Arméniens. Par la loi du 27 mai 1915, elle était en
effet autorisée, sans accord préalable du pouvoir central, à « transférer » et « à mettre un
terme, immédiatement, avec la plus grande rigueur, et en utilisant la force armée, à toute
agression ( sic) et résistance » .
Enfin, les dirigeants jeunes-turcs dont beaucoup d'entre-eux avaient été contraints d'émigrer des Balkans, ne pouvaient pas ignorer le caractère meurtrier et les conséquences des déportations sur les populations.

Il convient également de préciser que, sans pouvoir enrayer l'engrenage fatal, des familles turques ont cherché à protéger des Arméniens ou à apporter une aide matérielle aux colonnes de déportés; de même certains fonctionnaires (le vali gouverneur de la province d’Aydin, Rahmi Bey) se sont opposés ou ont résisté aux ordres du CUP.

Vers Der es Zor. Un convoi d'Arméniens lors d'une halte (photo d'Armin Wegner). Témoin oculaire des déportations, Harry Stuermer, correspondant de la Kölner gazette, raconte: "(...) il n'est pas moins certain que de toutes ces masses de personnes qui n'avaient échappé aux premiers massacres que pour être transportées ensuite, la famine, les épidémies de typhus exanthématique, les attaques fréquentes des Kurdes, les longues étapes à travers la montagne inhospitalière jusque dans les steppes et déserts de Mésopotamie et de Syrie du nord, et l'abandon là-bas à leur sort, n'ont laissé qu'un très petit nombre de vivants."


La déportation de masse des Arméniens vers des déserts où il n’y avait rien pour survivre se déroule dans des conditions terribles. Les attaques des convois,   organisées (par l’OS, l’armée ou la gendarmerie), ou spontanées de la part des populations locales, aboutissent à la mort de milliers d'individus.
Au cours d'une entrevue avec l'ambassadeur américain Henry Morgenthau, Talaat Pacha justifie ainsi la déportation des Arméniens: "Je vous ai demandé de venir aujourd'hui, commença-t-il, désirant vous expliquer notre attitude à l'égard des Arméniens; elle est basée sur trois points distincts: en premier lieu, les Arméniens se sont enrichis aux dépens des Turcs; secondement, ils ont décidé de se soustraire à notre domination et de créer un état indépendant; enfin, ils ont ouvertement aidé nos ennemis, secouru les Russes dans le Caucase et par là causé nos revers. Nous avons pris la décision irrévocable de les rendre impuissants avant la fin de la guerre. (...) Nous ne voulons plus voir d'Arméniens en Anatolie, ils peuvent vivre dans le désert (sic), mais nulle part ailleurs... [...]"

Enfin, rappelons que le contexte de guerre s'avère propice aux massacres. La guerre totale empêche toute intervention étrangère puisque, à l'exception des Etats-Unis, les grandes puissances ennemies, accaparées par les opérations de guerre, n'ont plus d'influence sur le sol turc et ne peuvent plus protéger les minorités. L'allié allemand pour sa part tend à fermer les yeux sur les massacres (au grand dam de certains ressortissants allemands présents sur place).

Corrs d'Arméniens dérivant sur l'Euphrate. Photo d'Armin Wegner. La sœur Möhring, une infirmière allemande raconte: "Pendant tout un mois, on vit des corps charriés par l'Euphrate presque tous les jours, et souvent 2 à 6 corps liés ensemble. Souvent les corps des hommes sont hideusement mutilés (les organes sexuels coupés ou d'autres mutilations de ce genre). Les corps des femmes sont éventrés. (...) Les corps échoués sur les rives sont dévorés par les chiens et les vautours.

 Qu'ils émanent de rescapés arméniens, de diplomates des puissances occidentales, de missionnaires, de ressortissants étrangers ou encore de la presse des pays neutres et des pays de l'entente, les témoignages, nombreux et convergents, rendent compte presque en direct des déportations et des massacres. Tous attestent de l'intention d'éradication de la population arménienne.


* Le classement de la question arménienne après guerre.

Après la chute du gouvernement jeune-turc (fin octobre 1918), quelques-uns des principaux dignitaires du CUP sont traduits en cour martiale à Istanbul en 1919-1920. Au cours du procès des unionistes, les quatre principaux responsables, Enver, Djemal, Talaat et Nazim sont condamnés à mort par contumace en tant que membres d'une association secrète coupable de conspiration (et non comme ministres). (6) On leurs reproche des "déportations conçues et décidées par le comité central de l'Ittihad" [CUP] et "l'extermination d'un peuple constituant une communauté distincte." L'acte d'accusation poursuit: "le point essentiel qui ressort de l'enquête ouverte est que les crimes commis lors de la déportation des Arméniens en différents endroits et époques ne sont pas des faits isolés et locaux. Une force centrale organisée, composée des personnes sus-mentionnées, les a prémédités et fait exécuter, soit par des ordres secrets, soit par des instructions verbales." A l'issue du procès, même les partisans les plus convaincus de la Turquie tiennent pour acquise la déportation, l'extermination des Arméniens et la responsabilité de l'Organisation spéciale dans ce crime.
Rapidement cependant on s'efforce d'oublier ce procès dérangeant ainsi que les crimes perpétrés par le CUP. Le contexte géopolitique de la région explique en grande partie ce revirement.  

En fuite au moment du procès, Talaat Pacha, considéré comme le principal responsable des massacres, échappe à sa condamnation à mort. Mais, le 15 mars 1921, un rescapé arménien l'assassine à Berlin. Jugé la même année dans cette ville, Soghomon Tehlirian est acquitté, sans doute en raison de l'émotion provoquée par le génocide et en raison de la nécessité pour l'Allemagne de se désolidariser de ce crime dont l'opinion internationale la juge complice. 
D'autres "vengeurs" arméniens traquent et tuent les principaux chefs de l'Ittihad, responsables des massacres (Enver et Djémal en 1922). 

 A l'issue de la guerre, le traité de Sèvres (août 1920) prévoit une Grande Arménie indépendante (7), tandis que la Turquie ottomane admet la réalité des massacres et des déportations. Elle s'engage alors à procéder à des "réparations".
Cependant, la République arménienne est dépecée avant même d'avoir vraiment vue le jour. Les vilayets de Kars et d'Ardahan sont reconquis par les forces kémalistes qui viennent de s'imposer en Turquie (traité d'Alexandropole), alors que l'Armée rouge occupe le reste du territoire en novembre 1920.
Les alliés, qui  redoutent désormais une alliance turco-bolchévique de circonstances, abandonnent alors la cause arménienne. La victoire des forces kémalistes entraîne donc l'annulation du traité de Sèvres et son remplacement par celui de Lausanne en 1923. Il n'est plus fait mention de l'Arménie ni des droits des Arméniens.
 Pour la nouvelle République turque, il n’est donc plus question de "réparations". (8) Le traité lui permet en outre d'interdire le retour des réfugiés arméniens, créant ainsi 600 000 à 800 000 apatrides contraints de s'exiler. (9)  Cette dispersion les porte vers un grand nombre de pays; les principales communautés se fixant en Amérique du Nord, en France, en Syrie, au Liban.
 Mustapha Kémal, initialement très sévère envers les responsables de la défaite et du génocide évolue. Il entend désormais s'appuyer sur les notables enrichis par la spoliation des biens arméniens pour contrer les prétentions territoriales des Alliés. Surtout, pour procéder à sa politique de "turcification" nécessaire à l'installation de l'Etat-nation, Kémal a plus que jamais besoin d'une Anatolie vidée de ses minorités ou en tout cas très encadrées.
L'objectif de juger les responsables du génocide n'est plus d'actualité. Les crimes commis entre le déclenchement de la première guerre mondiale et le 20 novembre 1922 sont amnistiés.



* Mémoires du génocide.
Dès 1915, on assiste au déni des massacres par les Jeunes-Turcs. La responsabilité des crimes avérés est rejetée sur d'autres (tribus arabes et kurdes). Les déportations sont, elles, justifiées au nom de la sécurité militaire à l'égard d'une population suspecte. Finalement, ces pratiques sont justifiées comme un mal nécessaire dans la situation périlleuse de l'Empire en guerre.
Par ailleurs, les représailles commises par les Arméniens contre les Turcs sur le front russe sont montées en épingle et servent de point de départ de la thèse des négationnistes dont certains vont jusqu'à prétendre qu'il s'agit d'un génocide des Turcs perpétré par les Arméniens... 


 Côté arménien dans l'entre-deux-guerre, les rescapés du génocide doivent vivre avec leur traumatisme. Les familles ne cessent d'évoquer les massacres qui font partie intégrante de la mémoire collective. Mais hors de la communauté, les membres de la diaspora cherchent d'abord à s'intégrer dans leurs pays d'accueil.  Les bouleversements engendrés par la seconde guerre mondiale, la perpétuation des génocides juifs et tziganes conduisent à la définition du crime contre l'humanité et à l'apparition du terme de génocide. Or, comme le rappelle Vincent Duclert, "au milieu des violences de l'entre-deux-guerres, la tragédie de 1915 n'est pas perçue dans sa singularité génocidaire. C'est la définition du crime contre l'humanité, à Nuremberg, en 1945, qui va rétroactivement questionner le passé arménien."
Une question se pose: peut-on appliquer le terme de génocide - inventé par le juriste américain Raphael Lemkin pour désigner l'extermination des juifs au cours de la seconde guerre mondiale - aux massacres de 1915? Peut-on utiliser cette qualification juridique? N'y a-t-il pas rétroactivité de ce concept?
Au delà des différences de méthode et de contexte, le massacre des Arméniens peut-être considéré comme un prototype des génocides du XXème siècle par la similitude et la simultanéité des mesures adoptées d'un bout à l'autre de l'empire, l'utilisation de moyens modernes (large utilisation du télégraphe), l'ampleur des crimes, perpétrés de façon méthodique et planifiée au nom d'une idéologie mortifère.
Par ailleurs, rappelons que la réflexion de Lemkin trouve sa source dans l'étude du procès à Berlin en 1921 de Soghomon Tehlirian, meurtrier de Talaat.
Enfin, si la notion de génocide n'existe pas en 1915, le concept est néanmoins formulé dans une déclaration des trois puissances alliées de l'Entente le 24 mai 1915 qui tiennent les autorités ottomanes et leurs agents pour responsables de "crimes contre l'humanité et la civilisation".





Un autre tournant important dans la reconnaissance du génocide intervient en 1965 lors des célébrations du cinquantenaire avec "les premières manifestations de rue en Arménie [soviétique] et dans les pays d'accueil de la diaspora, (...) dans un contexte où les crimes du passé, la Shoah notamment, commencent à intégrer la conscience collective." (cf Mouradian dans un entretien accordé au Monde)
La publication de travaux d'historiens ( en particulier "Un génocide exemplaire" de Jean-Marie Carzou) au cours des années 1970 contribue également à révéler à l'opinion publique un ensemble de faits oubliés ou occultés.
Enfin, les attentats commis entre 1975 et 1983 par certains groupes arméniens contre des diplomates turcs ou des membres de leurs familles, choquent l'opinion, mais contribuent à briser le silence entourant les massacres de 1915-1916. (10)

L’indépendance de l’Arménie en 1991, la reconnaissance du génocide arménien par la sous-commission des droits de l’homme de l’ONU en 1985, puis par le Parlement européen en 1987, une qualification identique reconnue aux massacres de Bosniaques à Srebrenica encouragent les Arméniens à réclamer avec insistance la reconnaissance du génocide par Ankara.
 Or, si les autorités turques ne contestent pas l'existence de massacres, elles n'en  sous-estiment pas moins le nombre de victimes qu'elles persistent à attribuer avant tout aux violences inhérentes au conflit mondial. Pour le ministère turc de l'intérieur de 1919, le nombre de victimes arméniennes s'élève à 800 000. Or aujourd'hui, l’État turc évalue le nombre des morts à moins de 500 000 et récuse la qualification de "génocide" à propos des massacres de 1915, niant toute intention d'extermination.
Outre le nationalisme, l'une des principales raisons du déni  se fonde sur l'opposition à toute idée d'indemnisation et de réparations pour les victimes du génocide, crime déclaré imprescriptible en 1968 par la Convention votée par l'Assemblée générale de l'ONU en 1948.

Notables arméniens de la ville de Kharpout (Anatolie orientale) arrêtés et conduits en prison en mai 1915.


La position officielle d'Ankara reste ancrée dans un récit national exempt de toute "tâche sombre" et déconnecté des recherches novatrices. Cette conception de l'histoire comme vérité officielle fonctionne comme un instrument de contrôle social et idéologique. Enseignée à l'école, elle impose une vulgate fondée sur quelques points simples:
- En collaborant avec l'ennemi russe, les Arméniens ont trahi l'empire ottoman.
- Ils seraient en outre responsables d'un nombre de victimes musulmanes supérieur à celui des victimes du génocide.
- Enfin, les revendications de reconnaissance du génocide seraient fomentées par des puissances étrangères soucieuses de dépecer la Turquie.

Au bout du compte, c'est la politique de négation d'Ankara qui incite les communautés arméniennes à réclamer la reconnaissance du génocide auprès des organisations internationales ou des États tiers afin d'exercer une pression externe sur les autorités. Aussi, de un certain nombre de pays tels que  l'Argentine, le Canada, la France, la Russie adoptent des textes reconnaissant le génocide arménien.

Ces lois mémorielles soulèvent cependant de nombreuses critiques émanant de divers horizons:
a. une majorité d'intellectuels turcs considèrent ces initiatives étrangères avec suspicion, surtout lorsqu'elles émanent d’États ayant tardé à reconnaître leurs propres responsabilités historiques (torture lors de la guerre d'Algérie en particulier).
b. le gouvernement actuel turc brandit la menace du boycott et affirme sa volonté de laisser les historiens débattre entre eux (tout en marginalisant les tenants d'une histoire dissidente).
c. enfin, de nombreux historiens considèrent que de telles lois amènent un encadrement de la recherche, contribuant donc paradoxalement à son affaiblissement.
De même, pour de nombreux démocrates turcs, par leur caractère exclusivement répressif, les lois aboutissant à la pénalisation de la négation du génocide s'avèrent contre-productives.
Pour autant, la situation n'est pas figée et on assiste à une lente évolution des mentalités en Turquie comme le prouve:
1. l'émotion inédite provoquée en Turquie par l'assassinat du journaliste Hrant Dink en janvier 2007. Ce crime fut perpétré en plein jour dans le centre d'Istanbul par un jeune nationaliste fanatisé de 17 ans. Arménien d'Anatolie, Hrant était l'un des intellectuels les plus engagés sur le front de la démocratisation de la Turquie et un partisan de la réconciliation entre Turcs et Arméniens. A la tête d'Agos (le sillon), un journal hebdomadaire bilingue (turc et arménien), il publiait des historiens turcs tels que Taner Akçam tout en critiquant l'absence de dialogue d'une partie de la diaspora arménienne avec les démocrates turcs de bonne volonté. En insistant d'autre part sur la complexité d'une société turque mélangée, Dink met à mal la double fiction sur laquelle repose la Turquie post-kémaliste: celle de n'avoir pas procédé au génocide et celle d'être un État ethniquement homogène (sans minorités kurdes, grecques, ou arméniennes). C'est aussi pour cela qu'il a été visé.
Ses funérailles rassemblèrent 100 000 personnes dont de nombreux Turcs sincèrement affectés par sa disparition.
En avril 2008, la campagne de demande de pardon initiée par 4 intellectuels turcs permet de faire de la question arménienne un sujet de débat de la politique turque.
2. la victoire des islamistes modérés en 2002 apporte une relative démocratisation avec un progrès sur la plan de la liberté d'expression, permettant l'édition et la traduction d'ouvrages, l'organisation de projets artistiques et de colloques sur les événements génocidaire", autant d'événements invitant les Turcs au dialogue et à l'introspection historique. Depuis 2009 cependant, on assiste à un raidissement du pouvoir qui fait peser des menaces de procès et d'emprisonnement sur les chercheurs et historiens.
3. Attitude particulièrement dommageable compte tenu de l'intense renouvellement historiographique sur la question du génocide de la part d'historiens turcs soucieux d'aborder en face la réalité. Leurs travaux mettent à mal l'argumentaire ressassé des autorités qui accusaient jusqu'alors les études orientées d'historiens étrangers mal intentionnés. Par conséquent, elles s'emploient à discréditer ces chercheurs tout en donnant le plus de visibilité possible aux historiens "officiels".


Notes:
1. Cette politique démographique est un projet global qui concerne une dizaine de peuples différents. Bulgares de Thrace et Roums Grecs orthodoxes de l'Empire sont forcés à émigrer, à l'inverse des milliers de musulmans des Balkans incités à s'installer dans les villages non musulmans d'Anatolie (muhadjir). La déportation générale des Arméniens au cours de la guerre s'inscrit dans ce projet de vaste programme de recomposition ethnique de l'Empire.
2. Vincent Duclerc rappelle ainsi que "le sentiment d'un Empire assiégé, menacé en Europe et dans le Caucase, nourrit une rhétorique sur l'ennemi intérieur. Au final, les Arméniens, qui passaient pour la minorité la plus fidèle, deviennent désignés comme des traîtres en puissance parce qu'ils constituent la minorité la plus nombreuse."
3. Malgré la censure exercée par les autorités, cet officier du corps sanitaire allemand, prend des dizaines de clichés au cours des déportations.
 4. Musulmans non turcs organisés en tribus, les Kurdes vivent dans les zones frontalières souvent rétives au pouvoir central. Au cours des massacres, ils sont utilisés par les jeunes-Turcs comme bras armé dans le génocide.
5. C'est dans des télégrammes codés récemment mis à jour, que Talat Pacha établit pour chaque province des « seuils » que la population arménienne ne doit pas dépasser à des dates données (12 juillet 1915, 5 août, 27 octobre...). Dans les provinces orientales concernées par la "réforme de 1914" et dont on redoute la sécession, plus un seul Arménien ne doit rester. Ailleurs, on prévoit des pourcentages de 2 % pour Alep, 5 % pour les autres régions d’Anatolie et 10 % dans les régions désertiques de Deir ez-Zor, Damas et Mossoul.
6. Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1918, Enver, Talaat se sont enfuis à bord d'un navire allemand à Odessa, d'où ils ont gagné Berlin.
7. les provinces d'Anatolie de l'Est, majoritairement peuplées d'Arméniens avant le génocide, sont attribuées à la première république d'Arménie, née dans le Caucase russe le 28 mai 1918 après l'éclatement de l'empire tsariste.
8. En 1923, une mesure d'amnistie générale est proclamée et les minutes du procès des unionistes détruites.
9. les communautés d'Iran et de Transcaucasie (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan), en revanche, restent stables.
10. L'attentat contre le comptoir de la Turkish Airlines à Orly en 1983 (8 morts et 55 blessés), unanimement condamné, conduit à la fin de ces actions

******
les paroles ci-dessous sont une transcription, il y a donc peut-être des erreurs. Merci de nous les signaler. 


Le papier d'Arménie
Le papier d'Arménie, le passeport d'Aznavour
brûle mon ennui dans des roulis étranges.
Il brûle le souvenir d'une liste en boule
une fumée de martyrs que l'armée nie en bloc

Le papier d'Arménie assainit l'air
embrume mes nuits d'un infini mystère.
Les lambeaux s'envolent
et de liste en boule ne reste que l'auréole de Constantinople

Brûle, brûle, consume les souvenirs
que la brume de Sevan libère les martyrs.
Brûle le mystère et la fumée s'enroule
aux flammes de l'enfer des lames d'Istanbul

Le papier d'Arménie parfume tous les airs
d'une mélancolie jaillie d'une autre ère.
Il brûle mes hivers, pèse ma souffrance
souvenirs d'une terre où c'était Byzance

Brûle, brûle, consume les souvenirs
que la brume d'Erevan libère les martyrs.
Brûle les mystères et la fumée s'enroule
aux flammes de l'enfer des lames d'Istanbul

Brûle, brûle, consume les souvenirs
que le Caucase embaume, réveille les fantômes.
Brûle le mystère et la fumée s'enroule
aux flammes de l'enfer des lames d'Istanbul

Sources:
-  "Génocide arménien : le scénario". Entretien avec Fuat Dündar dans L'Histoire n°341.
- "Génocide arménien : ce que l'on sait vraiment" par Julien Gautier dans L'Histoire n°315.
- Annie et Jean-Pierre Mahé: "L'Arménie à l'épreuve des siècles", Découvertes Gallimard, 2005.
-  Anne Dastakian et Claire Mouradian: "100 réponses sur le génocide des Arméniens", Tournon, 2005. Consultable en ligne.
- Gérard Chalian et Yves Tournon: "le génocide des Arméniens", éditions Complexe, 2006.
- "Les Turcs retrouvent la mémoire", entretien avec Ahmet Insel in les collections de l'Histoire n°45, octobre2009.
- "Le génocide arménien" entretien accordé au Monde par Vincent Duclert.
- "Le génocide des Arméniens", les archives du monde, Le Monde 2, 16 avril 2005. 
- Hamit Bozarslan: "Les assassins de la mémoire arménienne", Le Nouvel Observateur hors-série "L'histoire en procès".


Liens:
- Critique de l'album "peau rouge" de R Wan, son site My Space et Facebook.

- "Le tabou du génocide arménien hante la société turque" entretien accordé par Taner Akçam au Monde diplomatique. 
- Sur Samarra, Died nous présente la BD "Medz yeghern" ("le grand mal" en arménien) de Paolo Cossi.
- Imprescriptible, site de référence sur le génocide arménien, propose une sélection de liens très précieuse.
site web conçu à l’occasion de l’année de l’Arménie en 2006-2007.
- Pearltrees sur le génocide arménien (merci Emmanuel Grange).
- Institut français de l'éducation: "le génocide arménien à l'école"
- LDH Toulon: "le génocide arménien".
- Le Monde 2: "Turcs-Arméniens, le temps du dialogue".
- " Les Petits-Enfants: paidoyer pour la Turquie de demain". Un conseil de lecture de Vservat sur son Histgeoblog.
- Autre chanson consacrée au génocide arménien: "ils sont tombés" par Charles Aznavour. Si vous connaissez d'autres titres consacrés au sujet, n'hésitez pas à nous les signaler en commentaire.
- Carte du génocide.

mercredi 2 mai 2012

261. Violeta Parra:"Que dirá el Santo Padre".

Née en 1917 au Chili, Violeta Parra est une des principales figures de la Nueva Cancion Chilena.
Au cours des années 50, dans le but de sauvegarder la musique traditionnelle chilienne, munie de son magnétophone et sa guitare, Violeta Parra parcourt le Chili profond. Elle y recueille des pièces anciennes du répertoire de la musique populaire rurale. En parallèle, elle compose et interprète ses propres chansons, utilisant pour ses enregistrements les instruments traditionnels indiens. Ses textes, incisifs et puissants, constituent autant d'attaques frontales contre toutes les formes d'exploitation.
Paradoxalement, c'est après avoir enregistré Gracias a la vida, sublime hymne à la vie, qu'elle se suicide le 5 février 1967, à 50 ans.
Les membres de sa famille, tous militants du parti communiste chilien, seront inquiétés une fois Pinochet au pouvoir. Ses enfants, Angel, Isabel, continuateurs et fidèles gardiens de l’œuvre maternelle, doivent d'ailleurs s'exiler après le coup d'état du 11 septembre 1973.


 Violeta Parra.

Que dirá el Santo Padre constitue un des sommets de sa discographie. Cette chanson coup de poing fustige l'attitude du Vatican, dénoncé comme le soutien indéfectible des dictatures d'extrême-droite qui prolifèrent sur le sous-continent à partir de la fin des années 1950.  
Ses critiques portent en outre sur la cupidité d'une institution censée faire de la pauvreté une vertu, sur la caution morale et le soutien inconditionnel apportés aux possédants.
Enfin, Parra brocarde l'oppression économique exercée par une poignée de grands feudataires enrichis par l'exploitation éhontée d'une main d’œuvre misérable.

* Vatican II et tentatives d'adaptations de l'Eglise au monde moderne.


La chanson figure sur le recueil Recordando a Chile (una chilena en París), sorti en 1965. A cette date, les attitudes et prises de position de la hiérarchie catholique latino-américaine correspondent largement au constat sévère dressé par la chanteuse. Toutefois, l'institution connaît également de profonds bouleversements. En rupture avec le discours traditionnel et dominant de l’Église, des courants spirituels progressistes du catholicisme sud-américain prônent l'implication sociale et politique de l’Église en faveur des pauvres, souhaitant mettre un terme à la collusion de l’Église avec les puissants. 
D'abord très minoritaires, ces orientations se trouvent au cœur des débats ouverts par le concile Vatican II.

Convoqué par le pape jean XXIII, l'assemblée n'est censée ne durer que quelques semaines. Elle s'étale finalement sur trois années (d'octobre 1962 à décembre 1965) et entraîne de profonds bouleversements pour l'institution.
Les textes adoptés visent à:
- réconcilier l’Église avec la modernité en adaptant ses institutions traditionnelles aux nécessités du monde moderne;
- à appeler les chrétiens à porter un regard plus positif sur ce dernier.
- Enfin,  en plaçant le concile dans une orientation résolument œcuménique, Jean XXIII aspire à la réunion de tous les chrétiens (catholiques, protestants, orthodoxes).
Les textes adoptés à l'issue du concile aboutissent à une réorientation importante de l’Église dans différents domaines.
Ainsi, la constitution Sacrosantum concilium modifie en profondeur la liturgie avec l'abandon de la messe en latin au profit des langues nationales.
D'autre part, la structure pyramidale de l’Église évolue vers un mode plus égalitaire, en rapprochant la hiérarchie des fidèles. La  première doit s'effacer derrière le "peuple de Dieu", c'est-à-dire les chrétiens. Dans cette optique, le rôle des laïcs est reconnu, tout comme des formes d'apostolat originales à l'instar des prêtres-ouvriers. (1)
 Enfin, le concile reconnaît la liberté de conscience, donc la possibilité de choisir sa propre religion, même non chrétienne, voire de ne pas croire. La foi est libre.

Les velléités réformatrices esquissées lors du concile rencontrent les aspirations d'une partie du clergé latino-américain en pleine mutation depuis les années 1950. Vatican II y représente dès lors une référence essentielle.


* Théologie de la libération.
Dom Helder Camara  fut l'un des plus éminents représentants d'un courant qui vise à "aider les peuples à se libérer". Formé initialement dans la tradition ultraconservatrice de l’Église brésilienne, il s'en éloigne et milite au cours des années 1950 pour une profonde transformation de l'institution. Évêque auxiliaire de Rio, il engage en 1952 un vaste programme d'habitat populaire qui lui vaut le surnom d'"évêque des favelas".  Partant d'un constat simple: "Si on regarde le monde, on arrive à découvrir qu'il y a 20% qui ont entre les mains 80% des ressources de la terre, que ces 20%, au moins d'origines, sont chrétiens," l'archevêque de Recife constate que "cela créée des obligations très sérieuses pour nous les chrétiens." Dans sa vie de tous les jours, l'archevêque refuse de vivre cloîtrer dans son palais épiscopal et milite pour une Église sans titre honorifique ni privilèges. Lors du concile de Vatican II, à la tête du "groupe des pauvres", il se livre à une véritable lutte d'influence pour que l’Église se transforme. Il milite pour une Eglise moins romaine, plus dépouillée, proche des plus déshérités.

Dans un pays comme le Brésil, où le clergé est engagé de longue date aux côtés d'une population misérable et brimée par une féroce dictature militaire (à compter de 1964), l'attention particulière accordée aux plus humbles trouve une résonance particulière. 
La conférence nationale des évêques du Brésil (CNEB), dont Helder Camara assume le secrétariat général, milite pour un réformisme actif à destination des plus défavorisés. Aux yeux de nombreux ecclésiastiques, cette option semble par ailleurs la seule susceptible de contrecarrer l'essor des mouvements révolutionnaires dans le sous-continent. 
Au Chili, l'évêque de Valparaiso, puis archevêque de Santiago ( en 1961) Raul Silva Henriquez, compte parmi les partisans les plus combatifs de l'application de la réforme agraire, distribuant des terres de l’Église aux travailleurs ruraux.

Au delà de ces deux exemples, une partie de l’Église sud-américaine fait son aggiornamento dans les années 1960 dans le sillage de Vatican II (1962-1965). Dominée par la figure de Mgr Helder Camara, la conférence épiscopale latino-américaine réunie à Medellin en 1968, adopte des résolutions nouvelles et se prononce pour l'implication des chrétiens dans le combat contre la pauvreté et les injustices sociales.
C'est dans ce contexte qu'apparaît la théologie de la libération. Comme le souligne Leonardo Boff, un de ses principaux théoriciens, cette théologie est le reflet d'une pratique et l'expression d'un vaste mouvement social apparu dès le début des années 1960, au cours desquelles toute une gamme d'actions s'élabore, avec l'apparition de syndicats catholiques ruraux, de mouvement d'éducation de base, de commissions pastorales à base populaire (pastorale de la terre en soutien aux revendications des paysans sans terre confrontés aux latifundistes, pastorale ouvrière, pastorale urbaine)...

Caricature dont l'auteur nous reste inconnu (Quino?).


La réflexion sur ces pratiques et actions s'engage véritablement au début de la décennie suivante. En 1970, le théologien brésilien Hugo Assmann dénonce le "développementalisme" alors prédominant en Amérique latine (2) tandis que l'ouvrage du prêtre péruvien Gustavo Gutiérrez, "Vers la théologie de la libération" (1971),  théorise le mouvement. A sa suite, Clodovis et Leonardo Boff, deux ecclésiastiques brésiliens appuient leurs analyses de la société sur la théorie marxiste de la lutte des classes, et les travaux en science sociale d'une façon plus large. Au delà des divergences entre théologiens, il s'avère possible d'identifier plusieurs thèmes communs à cette théologie en rupture avec la doctrine traditionnelle de l'Eglise:
- réquisitoire contre le capitalisme, considéré comme un système inique et injuste.
- usage, entre autres, du marxisme et de la lutte des classes, comme moyen d'analyse  des origines de la pauvreté.
- option préférentielle en faveur des pauvres qui ne sont pas envisagés comme des êtres dignes de pitié ou de charité, mais comme des acteurs de leur propre libération.
- développement de communautés chrétiennes de base pour contrecarrer l'individualisme grandissant.
- nouvelle lecture de la Bible centrée sur des paraboles permettant un rapprochement avec la lutte de libération du peuple asservi (en particulier l'Exode, la libération d'un peuple asservi).
- dénonciation des nouvelles idoles: la richesse, la Force militaire...
- critique de la théologie dualiste traditionnelle qui conduit à séparer strictement l'histoire humaine et temporelle du monde sacré.

Si ce courant exerce une influence indéniable en Amérique latine, c'est que les orientations qu'il propose rejoignent largement celles des mouvements sociaux et de contestation en plein essor (ligues paysannes brésiliennes par exemple) dans les années 1970.  
 Certains ecclésiastiques se réclamant de la théologie de la libération n'hésite d'ailleurs pas à s'engager aux côtés des organisations d'extrême gauche. Au Nicaragua par exemple, Daniel Ortega le leader sandiniste fait appel à des prêtres nourris de cette théologie pour composer son gouvernement (Ernesto Cardenal et Miguel d'Escoto respectivement ministres de la culture et des affaires étrangères).



Très tôt, le père Camilo Torres, sociologue et ancien aumônier de l'université nationale de Bogota, se distingue par son engagement social et sa critique radicale du capitalisme. Ses prises de position lui valent rapidement l'hostilité de sa hiérarchie. Son cardinal le relève de ses fonctions de prêtre en juin 1965. Constatant l'inefficacité de la voie non-violente, Torres s'engage au sein d'un mouvement de guérilla (l'Armée de Libération nationale colombienne). "Les voies légales sont épuisées. Pour que le peuple puisse posséder éducation, toit, nourriture, vêtement et, surtout, dignité, la voie armée est l'unique voie qu'il reste."
Le 15 février 1966, lors de son premier engagement armé, Camilo Torres tombe dans une embuscade . Son engagement révolutionnaire, le rapprochement qu'il opère entre marxisme et christianisme, en font incontestablement un précurseur de la théologie de la libération et un martyr. 
 Dans les décennies suivantes, avec l'essor des mouvements révolutionnaires et de la théologie de la libération, il est élevé au rang de martyr et devient l'incarnation du prêtre-guérillero (sa mémoire est largement entretenue par la chanson. ex: Cruz de luz interprétée par Victor Jara). 
* La répression.
Comme le rappelle Michael Löwy (cf: sources), "en tant que protestation religieuse, éthique et sociale contre l'injustice des sociétés latino-américaines, et appel à un changement radical, la théologie de la libération est perçue, par les partisans de l'ordre établi, y compris clérical, comme un défi à leur pouvoir.
Par conséquent, les dictatures militaires conservatrices du sous-continent s'emploient à écraser ces tendances minoritaires au sein des Églises latino-américaines.


- Au Brésil, avec l'accession au pouvoir des militaires, les tenants du changement sont inquiétés. Dès 1964, dom Helder Camara, nommé depuis peu archevêque d'Olinda-Recife n'est pas reconduit à la tête de la conférence des évêques. L'ecclésiastique entre alors en opposition avec le pouvoir, dénonçant les violences et privations de libertés au cours de ses nombreux sermons. Le durcissement de la dictature s'accompagne d'une répression accrue sur l’Église de Recife. Le 27 mai 1969, à titre d'avertissement, un "commando de chasse aux communistes" composés d'éléments de la police militaire torture, puis assassine Henrique Pereira Neto, un jeune prêtre du diocèse.
Protégé par sa notoriété mais privé d'accès aux médias dans son pays, Camara s'exprime au cours de ses voyages à l'étranger. En 1970, il dénonce l'usage de la torture dans son pays au cours d'une conférence prononcée au palais des Sports de Paris. Les militaires s'emploient dès lors à le discréditer en exhumant son passé "fasciste".
Loin de marginaliser Camara, cette campagne de dénigrement, contribue à précipiter la rupture de l’Église brésilienne avec un régime qu'une majorité d'ecclésiastiques soutenait jusque là. A partir de 1971, les thèmes de la théologie de la libération s'imposent au sein de la CNEB, à tel point qu'à la fin de la décennie, "l'Église brésilienne, acteur de poids dans la lutte pour la démocratisation du pays, passe pour la plus progressiste du monde."(cf: Richard Marin)
- Au Salvador, à partir de 1977, le régime militaire perpétue de nombreux assassinats de religieux. En 1980, l'archevêque de San Salvador Mgr Romero, pourtant connu pour ses prises de position modérées, est assassiné par un commando de la mort à la solde de la dictature. Le jour de son enterrement, l'armée tire sur la foule devant la basilique.
- Au Guatemala voisin, la  sanguinaire dictature fait assassiner 25 religieuses et des milliers de civils.
- Au Chili, le cardinal Raul Silva  Henriquez joue un rôle très important dans la défense  des droits humains bafoués par Pinochet. Ses prises de position lui valent des très nombreuses critiques, dont beaucoup émanent de l’Église chilienne.
Ce dernier exemple permet de rappeler que la tendance dominante des Églises latino-américaines reste conservatrice et liée aux pouvoirs, même dictatoriaux.
Ainsi, à quelques exceptions près, les évêques argentins collaborent  ouvertement avec la dictature.

Au bout du compte, rappelons que le christianisme de la libération et sa théologie n'influencent qu'une minorité de l'institution.

Si l'intense répression dont elle est l'objet, explique en partie le reflux de cette théologie, il convient d'y ajouter la défiance du Vatican à partir du pontificat de Jean-Paul II.

* Reprise en main pontificale.
La brèche ouverte par Vatican II et la théologie de la libération ouvre pour l’Église une période d'expérimentations (3) et s'accompagne de fortes contestations au sein de l’Église catholique. A la mort de Jean XXIII,  son successeur Paul VI et la curie romaine mettent un coup d'arrêt aux réformes engagées dans le sillage du concile. Les premières crispations pontificales apparaissent dès juillet 1968 avec la publication de l'encyclique Humanae vitae. (4)
Ce revirement brise la dynamique créée par le concile et déçoit une grande partie des fidèles.
Deux camps inconciliables s'opposent désormais au sein de l'institution. Les tenants de la poursuite des réformes engagées affrontent ceux qui réclament une restauration, favorables à la liquidation du concile. (5)

 Jean-Paul II et Augusto Pinochet lors d'un voyage officiel du pape au Chili en 1987.

Tout en condamnant les ultras lefebvristes (excommunication en 1981), le nouveau pape Jean Paul II, confronté à un monde en voie de déchristianisation, poursuit l’œuvre de retour à la tradition. Celui que d'aucuns présentent comme un défenseur des libertés - à juste titre en ce qui concerne la lutte permanente contre les régimes communistes athées d'Europe de l'est - n'hésite pourtant pas, au nom de cette même lutte contre les idéaux communistes, à soutenir les pires dictatures d'extrême droite en Amérique latine.
Le pape est convaincu que la théologie de la libération fait le jeu de la propagande communiste comme le confirme les propos du cardinal Radtzinger (futur benoît XVI): "Il ne s'agit pas pour nous de freiner l'intervention de l’Église en faveur des pauvres, au contraire nous l'encourageons. Nous voulons simplement alerter sur ceux qui, non seulement n'aident pas, mais qui veulent nous mener vers un nouveau totalitarisme. Nous voulons montrer que ces options où se mêlent la foi et une politique d'origine marxiste, engendrent au final des privations de libertés."
En conséquence, le pape ne tarde pas à prendre ses distances avec une théologie considérée comme dangereuse.




Lors de ses voyages aux Guatemala, San Salvador et Nicaragua, trois pays où l’Église des pauvres était puissante, le souverain pontife prend clairement ses distances avec la théologie de la libération. Dans les deux premiers États cités, le pape déplore l'assassinat de religieux sans dénoncer nettement les régimes qui les permettent.
En 1983, sur le tarmac de l'aéroport de Managua, le pape tance Mgr Cardenal venu recevoir la bénédiction papale. Jean-Paul II lui reproche sa participation au gouvernement révolutionnaire sandiniste en tant que ministre de la culture.
Cette attitude passe très mal auprès de la population qui conspue le souverain pontife lors de la messe qu'il peine à prononcer le soir même. Malgré ses exhortations au silence, la foule mécontente refuse de l'écouter.

Scène surréaliste sur le tarmac de l'aéroport de Managua en 1983. Venu recevoir la bénédiction du pape, l'évêque Cardenal, ministre du gouvernement révolutionnaire sandiniste, n'en reçoit qu'une sévère réprimande.
Le synode des évêques de 1985 réuni par Jean-Paul II marque également la volonté d'un contrôle accru sur le clergé. Toute référence à la théologie de la libération est bannie des séminaires. En Amérique latine, les évêques et prélats réformateurs sont progressivement remplacés ou réduits au silence.
En 1984, Leonardo Boff doit se soumettre devant l'ex-saint Office qui le condamne au mutisme et à la privation de toutes ses charges.
L'année suivante, pour remplacer don Helder Camara, Jean Paul II choisit José Cardoso Sobrinho, un évêque ultraconservateur, totalement opposé à la théologie de la libération. Prenant le contrepied de son prédécesseur, il démantèle en quelques mois les pastorales populaires et renoue avec la tradition des princes-évêques en se réinstallant dans le palais épiscopal. (6)

La dilapidation de l'héritage de Vatican II est invoqué comme une figure de style imposée, vidée de toute signification. Pour avoir refusé sa mue en dilapidant l'héritage de Vatican II ou en réduisant au silence les courants progressistes en son sein, l’Église catholique voit son influence reculer très fortement en Amérique latine. Elle voit ainsi ses positions reculer face à la croissance fulgurante des Églises ou sectes pentecôtistes.








Sources:
1. L'expérience des prêtres-ouvriers qui naît à la Libération en France s'inscrit dans cette mouvance. Influencés par la lutte résistante, des prêtres désertent leurs églises pour vivre au milieu des classes populaires, en particulier les ouvriers. se rendre dans des lieux désertés par l'institution. Ces hommes vivent et travaillent au milieux des ouvriers. Dans ces lieux désertés par l'institution, certains n'hésitent pas à militer au sein des organisations syndicales (y compris la CGT) pour améliorer les conditions de travail. En pleine guerre froide, ces prises de position irrite le Vatican. Aussi, le 1er mars 1954, Pie XII interdit les prêtre-ouvriers. A ses yeux, le prêtre est l'homme de la paroisse et du culte, non celui de l'usine.
2. développementalisme: idéologie qui met l'effort économique au cœur de la lutte contre le sous-développement, au détriment des aspects politiques, sociaux, culturels et éthiques.
3. Par exemple en France, du côté du clergé de base, une contestation clairement politique se fait jour au sein de l'association "échanges et dialogue" qui rassemble près d'un millier de prêtres revendique la liberté sur le plan de l'engagement politique et syndical  et sur le plan du célibat.
4. En décembre 1967, la pilule est légalisée en France par la loi Neuwirth. Panique au Vatican et 6 mois plus tard, le 26 juillet 1968, Paul VI publie l'encyclique Humane vitae qui affirme l'insolubilité du mariage et l'interdiction de la contraception.
5. la frange la plus réactionnaire est animée par monseigneur Lefebvre qui n'hésite pas à provoquer un schisme. A la tête de sa fraternité saint Pie X, il réclame le reniement total du concile.
6. il provoque le scandale en mars 2009 en excommuniant la mère et les médecins qui avaient accepté de pratiquer un avortement sur une fillette de 9 ans victime de viol!




"Que dirá el Santo Padre?" Violeta Parra

Miren como nos hablan de libertad, cuando de ella nos privan en realidad.
Miren como pregonan traquilidad, cuando nos atormentan la autoridad.

Que dirá el Santo Padre? Que vive en Roma, que le está degollando, a su paloma.

Miren como nos hablan del paraíso, cuando nos llueven penas como granizo.
Miren en el entusiasmo, por la setencia, sabiendo que mataban a la inocencia.

Que dirá el Santo Padre...etc.

Y que oficia la muerte como verdugo, tranquillo está tomando, su desayuno.
Con esto se impulsieran la soga en cuello, el quinto mandamiento, no tiene sello.

Que dirá el Santo Padre...etc.

Mientras más injusticias, señor fiscal, más fuerza tiene mí alma, para cantar. Lindo segar el trigo en el sembrao, regado con tu sangre, Júlian Grimao.

Que dirá el Santo Padre...etc.

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"Que dira le saint Père"

Voyez comme ils parlent de liberté pendant qu'ils nous en privent en réalité
Voyez comme ils prêchent la tranquillité, pendant que nous tourmente l'autorité.

Que dira le Saint Père qui vit à Rome quand on lui égorge sa colombe!

Voyez comme ils nous parlent du paradis alors que les peines pleuvent comme de la grêle
Voyez l'enthousiasme que provoque la sentence sachant qu'on tue l'innocence.


Celui qui officie la mort comme un bourreau, prend tranquille son déjeuner.
Ainsi ils se mettent la corde au cou, le cinquième commandement n'a pas été scellé.

Plus il y aura d'injustices, monsieur le procureur, plus de forces aura mon âme pour chanter.
Qu'il sera beau le blé dans le champ, arrosé par ton sang Julián Grimau *

 *Arrêté par les autorités franquistes pendant les conflits ouvriers de 1962, ce membre du parti communiste espagnol est traduit devant un conseil de guerre qui lui reproche de prétendus délits commis pendant la guerre civile. Malgré les nombreuses protestations internationales, Julian Grimau est exécuté à l'issue d'une parodie de procès, le 20 avril 1963.


Sources:
- Sur le Monde diplomatique.fr: "L'Eglise catholique divisée". 
- Emmanuel de Waresquiel: "Le siècle rebelle: dictionnaire de la contestation au XXème siècle", Larousse.
- Libération: "Quand la théologie de la libération faisait trembler l'Eglise."
- Université de Sherbrooke: "15 février 1966: mort du prêtre colombien Camillo Torres".
- Richard Marin: "Qui a peur de l'Eglise des pauvres", in L'Histoire N°366, juillet-août 2011.


Liens:
- RISAL.info: "Jean Paul II: avec l'empire, contre l'Eglise des pauvres."
- Regards.fr: "Argentine-Espagne, une Église pas très catholique."