vendredi 19 novembre 2010

226. "La chanson de Craonne."


La chanson de Craonne est devenue aujourd'hui le morceau le plus connu des chansons françaises de la guerre de 1914-18. Il s'agit en fait d'une parodie (au sens propre une chanson reprenant la mélodie et la métrique d'un morceau célèbre) de la chanson Bonsoir M'amour, composée par Charles Adhémar Sablon. Chantée par le duo Karl Ditan / Emma Liebel, cette valse au refrain léger, dont les paroles sont écrites par René Le Peltier, remporte un très grand succès dans les cafés-concert en 1911.
"Bonsoir M'amour, bonsoir ma fleur / bonsoir toute mon âme / Ô toi qui tiens tout mon bonheur / dans ton regard de femme / de ta beauté, de ton amour / si ma route est fleurie / je veux te jurer, ma jolie / de t'aimer toujours."

Livret d'une partition à "dix sous" de Bonsoir M'amour dont la mélodie est composée par Charles Sablon (père de Jean et Germaine, deux futurs grands noms de la chanson française). La vente de partition à "dix sous" assure la diffusion du morceau à des centaines de milliers d'exemplaires. [En écoute sur le lecteur ci-dessous.]

La chanson populaire permet très facilement de plaquer sur un air à la mode des paroles de circonstance. En l'occurrence, le choix d'adapter ce titre par l'auteur (plus vraisemblablement les auteurs) anonyme de la Chanson de Craonne n'a sans doute rien de fortuit. D'une part, le succès de cette "scie" en assure une diffusion rapide et facile, d'autre part le contraste entre la douce insouciance amoureuse de la version originale et la réalité cruelle évoquée dans l'adaptation crée un malaise, susceptible de secouer l'auditeur qui connaîtrait l'original.





* une lente élaboration.
Nous devons le texte stabilisé qui s'impose au lendemain de la guerre à l'écrivain Paul Vaillant-Couturier qui le retranscrit sous le titre la "Chanson de Lorette" en 1919. Il nomme ainsi un chapitre de son ouvrage La guerre des Soldats. Il y retranscrit la chanson en la commentant. Vaillant-Couturier entend le morceau pour la première fois début 1916, alors que son régiment se trouve à proximité de Verdun.
L'année suivante le titre se transforme en "Chanson de Craonne".

Son texte est le fruit d'une élaboration lente et de l'amalgame de plusieurs versions antérieures.
Les paroles de ce qui s'impose comme la chanson de Craonne "définitive" proviennent pour l'essentiel d'un texte antérieur, un morceau appris par cœur et transmis oralement par les combattants dès 1915. Son titre, Chanson de Lorette, se réfère aux violents combats qui ont lieu en Artois, autour de Notre-Dame de Lorette, au printemps 1915.
Au gré des affections et des aléas du conflit, le texte initial de la chanson de Lorette se transforme. De nouveaux couplets apparaissent, alors que le plateau mentionné dans le refrain se situe tantôt en Artois, tantôt en Champagne ou dans le secteur de Verdun. Les paroles de la version ci-dessous se réfèrent à la défense du fort de Vaux (au nord-est de Verdun) , attaqué par les Allemands à partir du 9 mars 1916.

"Quand on est au créneau,[ouverture dans le parapet de la tranchée]
ce n'est pas un fricot, [un passe-droit]
d'être à quatre mètres des Pruscaux. [les Prussiens]
En ce moment la pluie fait rage,
si l'on se montre c'est un carnage.
Tous nos officiers sont dans leurs abris
en train de faire des chichis.
Et ils s'en foutent pas mal si en avant d'eux
il y a de pauvres malheureux,
tous ces messieurs là encaissent le pognon
et nous pauvres troufions [fantassins]
nous n'avons que cinq ronds.

refrain
Adieu la vie, adieu l'amour / adieu toutes les femmes / c'est pas fini, c'est pour toujours / de cette guerre infâme / c'est à Verdun, au fort de Vaux / qu'on a risqué sa peau / nous étions tous condamnés, / nous étions sacrifiés."

Ce couplet exprime une critique virulente des officiers, absente des autres versions connues.

Il faut attendre 1917 pour que le texte se stabilise comme le prouvent les lettres saisies au cours de l'année.
Les conditions de transmission de la chanson expliquent assurément la multiplicité des versions. Apprise par cœur, transmise oralement, elle se diffuse clandestinement et circule pendant plusieurs mois d'un secteur à l'autre du front. Dans son article limpide (cf: sources), Guy Marival cite la lettre de Jules Duchesne, soldat au 114è régiment d'infanterie, qui mêle dans sa transcription des paroles de deux versions différentes du morceau. Il est ainsi question à la fois de Champagne et de Lorette, deux lieux distincts de plus de 200 kilomètres.

"jeudi 15 février 1917
Ma cher petite femme
[...] je te dirai que je tenvois la chanson des embusqué et tous se que jete prie sait de la conservait car sait la seul chanson qui me plai et elle est raielle du reste tu poura la profondire de toi même tu vaira que sai raielle et aussi tot reçu raicri moi mé pour que je sui sur que tu lait car sa mennuierai quel soi perdu, et dit moi si elle te plai. Je sais quelle ne te plaira pas, [...] sait la nouvel chanson du poillu des tranché. [...]
Jules Duchesne"
Lettre citée par Guy Marival dans son article (voir source).

Le texte transmis par Jules Duchesne s'avère assez proche de la version définitive de la chanson (en bas de page). A quelques différences minimes près, on retrouve le couplet sur les embusqués et le refrain antimilitariste.

Or la lettre de Duchesne date du 15 février 1917, deux mois avant l'offensive Nivelle et plus de trois mois avant les mutineries. Voilà ce qui permet de "remettre en cause l'affirmation selon laquelle La Chanson de Craonne refléterait (...) l'état d'esprit lors des mutineries qui ont suivi l'échec de l'offensive Nivelle'" comme le démontre Guy Marival. Cette chronologie ruine l'hypothèse qui voudrait que le troisième couplet ( sur les embusqués) ait été ajouté après la crise du printemps 1917. "Dès sa création, dès 1915-1916, La Chanson de Lorette est l'exutoire de la lassitude et d'une certaine révolte des combattants." Le ras-le-bol ne date donc pas seulement l'offensive du Chemin des Dames.


Reproduction d'un fragment de lettre [1917) comprenant deux versions de la Chanson de Craonne (avec l'aimable autorisation du CRID 14-18).


Cette chanson reste un document de l'oralité, multiple et malléable. Le carnet de guerre de François Court, récemment exhumé, donne une version de la Chanson de Craonne nettement antérieure à toutes celles que l'on connaissait. Sa transcription porte le titre "Chanson moderne des sacrifiés" et s'achève ainsi: "chanson cré[é] le 10 avril 1917 sur le plateau de Craonne". Le premier refrain mentionne Craonne (pour la première fois, en l'état de nos connaissances): "C'est à Craonne, sur le plateau / Qu'on y laissera sa peau". Cette mention explicite place donc l'élaboration de la Chanson de Craonne avant même le début de l'offensive du Chemin des Dames. Versé le 12 avril 1917 dans un détachement de renfort du 273è régiment d'infanterie en position devant le Chemin des Dames, il participe à l'offensive du 16 avril. Ce régiment était en place depuis le mois de février 1917. Quelques petites erreurs de transcription laissent penser que François Court n'est que le réceptacle d'une chanson qui circulait déjà. Cette version compte quatre couplets, un refrain et le refrain final "classique". Seul le second couplet diffère de la version qui s'impose à la fin de la guerre.

"Nous voilà parti avec sac au dos / Nous pouvons dire adieu au repos / Car pour nous la vie est dure / C'est terrible je vous le jure / A Craonne là-haut l'on va nous descendre / Sans même pouvoir nous défendre / Car si nous avons de bons canons / Les boches répondent à leur façon. / Forcés, obligés de nous terrer / Attendant l'obus qui viendra nous tuer."

Le titre de la chanson continue néanmoins de fluctuer d'une missive à l'autre (trois lettres écrites par des soldats du 89è R. I et interceptées le 16 août 1917 par le contrôle postal de Noisy-le-Sec, évoquent tour à tour La vie aux tranchées, Sur le plateau de Lorette, Les sacrifiés de Craonne, sans faire mention d'une Chanson de Craonne.



La chanson de Craonne interprétée par Marc Ogeret.


* La Chanson de ... Craonne.

Comment expliquer alors l'identification de la chanson avec cette offensive?
Comme le suggère André Loez (voir sources), les mutineries donnent une acuité supplémentaire au refrain final sur les grèves (attesté depuis au moins février 1917 dans la lettre de Jules Duchesne). Elles ont peut-être conduit à associer ces paroles aux lieux de l'offensive ratée, ce qui expliquerait que le titre de "Chanson de Craonne" supplante les autres appelations du morceau aux lendemains du conflit.

Le texte en fin d'article correspond à la version de la chanson qui s'impose aux lendemains de la grande guerre, par l'intermédiaire de Vaillant-Couturier. Il y est fait référence aux combats de 1917 au Chemin des Dames (Aisne). Cette grande offensive envisagée par le général Nivelle vise à rompre le front, à entraîner une percée décisive dans les lignes allemandes. Le "plateau" dont il est question est celui Californie, en surplomb du village de Craonne. Des combats d'une violence inouïe s'y déroulent à partir du 16 avril et aboutissent à un fiasco. Les positions allemandes tiennent alors que près de 40 000 soldats français meurent au cours de l'offensive pour des gains territoriaux insignifiants.
Un mois plus tard environ éclatent des refus collectifs d'obéissance, "mutineries" qui affectent plus de la moitié des unités combattantes. Certains soldats usent du vocabulaire de la grève pour désigner ces mutineries dans leurs courriers.
Dans ces conditions, on comprend mieux que dans l'esprit de beaucoup les références géographiques de cette version de la chanson, l'évocation de grèves, aient été identifié a posteriori aux mutineries du printemps 1917. Pourtant, selon André Loez au cours des mutineries, les allusions à la chanson s'avèrent rares et "sa diffusion lors de l'événement reste (...) extrêmement limitée. [...] C'est (...) l'Internationale qui est la chanson prééminente dans le répertoire des mutins."


Quoi qu'il en soit voilà qui nous donne l'occasion de nous intéresser au phénomène.


une relecture des mutineries de 1917.
L'historiographie traditionnelle de cette question faisait des mutineries un événement somme toute marginal, avant tout motivé par les offensives insensées de l'état-major, une simple grogne passagère en somme. Dans son livre pionnier ("Les Mutineries de 1917" en 1967), Guy Pedroncini ne considère pas les mutineries comme un "refus de se battre", mais "un refus d'une certaine manière de le faire." Aujourd'hui, cette thèse est remise en cause par les travaux les plus récents [André Loez: "14-18. Les refus de la guerre. Une histoire des mutins" 2010].
Certes, il y a des attaques futiles et des offensives très meurtrières (comme celle du chemin des Dames), mais elles existent en fait depuis 1914. Au cours des trois premières années du conflit, les soldats, plongés dans une guerre à laquelle ils ne peuvent se soustraire, immergés dans une société qui exalte le courage, ne peuvent pas refuser la guerre, tout au plus en espérer la fin.

* Mai 1917. Les événements de l'année 1917 modifient cette situation et apportent un espoir aux mutins. La tentative du Chemin des Dames, présentée par l'état-major comme l'offensive décisive susceptible de percer le front fait naître un immense espoir chez les soldats. Son échec n'en est que plus durement ressenti. Le contexte général est bouleversé aussi par l'annonce du repli stratégique allemand soucieux de raccourcir les lignes en mars 1917, par la première révolution russe qui fait l'objet de reportage dans le Petit Parisien du 20 mai, par les grèves parisiennes au cours du même mois, par l'attente de la conférence internationale socialiste sur la paix à Stockholm. Enfin des rumeurs catastrophistes propagées par des soldats de retour de permission, à propos d'Annamites qui auraient tiré sur des femmes françaises, alimentent l'impression d'instabilité et offrent un contexte propice au refus de la guerre. Ce "faisceau d'événements" contribue à rendre une action collective possible alors que, jusque là la résignation paraissait la seul attitude cohérente. Il donne aux soldats le sentiment d'une possible "fin". C'est donc dans ce contexte très particulier qu'un mouvement collectif d'ampleur se déclenche dans l'armée française. La nomination de Pétain comme généralissime, cinq mois seulement après la prise de fonction de Nivelle, semble perçue par nombre de soldats comme un constat d'échec de la part d'une institution fragilisée.

Carte postale ancienne: "LES RUINES DE LA GRANDE GUERRE _ Chemin des Dames _ Ravin de la Sainte Berte et Vallée de l'Ailette. "

* Ces mutineries constituent un mouvement de refus de la guerre. Elles surviennent en mai-juin 1917 et touchent deux tiers des unités d'infanterie de l'armée française (avec une apogée du 30 mai au 7 juin 1917). La désobéissance concerne avant tout l'arrière-front, où des soldats refusent de monter aux tranchées. Les pratiques protestataires des soldats s'avèrent très variées. Si les mutineries impliquent une action collective un tant soit peu organisée, les refus de la guerre passent aussi par de nombreuses manifestations individuelles, souvent furtives. Elles prennent la forme de désertions, de permissions prolongées...
Les actions collectives, meetings, manifestations, ne se distinguent guère des mouvements sociaux d'avant guerre. La thèse d'André Loez a mis en revanche en évidence une action collective jusque là ignorée. Ainsi les soldats les plus radicaux tentent à plusieurs reprises de rallier Paris afin de rencontrer les députés ou le gouvernement pour faire cesser la guerre.

Pour certains soldats, ces mutineries sont l'occasion d'un "tapage" peu politisé, mais qui n'en exprime pas moins la volonté de voir finir la guerre. A cette occasion, les officiers sont pris à parti et parfois malmenés.
Certains combattants développent en revanche un discours pacifiste, voire défaitiste, et analysent cette crise en fonction de leurs idéologies respectives (pacifisme, socialisme révolutionnaire).

* Combien de mutins ? Plusieurs dizaines de milliers d'hommes issus d'une centaine d'unités différentes refusent d'aller aux tranchées. Ce dénombrement s'avère difficile faute de mesures fiables. Là n'est pas l'essentiel et André Loez démontre que les mutineries constituent le noyau d'un "halo" d'indiscipline qui traverse l'armée française au printemps 1917. Si elles ne sont pas généralisées, elles n'en représentent pas moins un phénomène massif, qui concerne plus des deux tiers de l’armée. Certes, les mutineries n'impliquent qu'une minorité de soldats, car les conditions d'une armée en guerre rendent difficile et dangereuse la désobéissance. Ceci ne doit cependant pas aboutir à réduire la portée de cette désobéissance.

* qui sont les mutins? La sociologie des mutins que dresse André Loez dans son ouvrage permet d'établir que les soldats qui participent aux actions collectives contre la guerre sont avant tout des fantassins, plutôt jeunes, plutôt urbains, et plus éduqués que la moyenne. On trouve ainsi une surreprésentation de professions au niveau de qualification élevé (commerçants, instituteurs, employés).


* Les revendications des mutins s'avèrent multiples. André Loez insiste sur le maintien du statut de "citoyen" des combattants. Les soldats restent par différents biais en contact avec la société englobante (correspondance, permissions...). En tant que militaires, ils aspirent à la cessation des combats, en tant que citoyens ils refusent les inégalités sociales les plus manifestes. Les combattants attendent que l'institution militaire tiennent ses engagements en accordant les permissions promises et aussi que les règlements concernant ces permissions soient respectés. Les revendications des soldats relèvent ainsi à la fois du "matériel" et du "politique".

Pétain a beaucoup mis en scène sa propre image, ses tournées aux armées où il se montre en train de discuter avec les soldats (ici en mai 1917).

*Démythification de Pétain. La thèse d'André Loez met à mal l’image traditionnelle de Pétain, en particulier son rôle dans la résolution de la crise. Il n'est pas le chef humain sachant ménager ses troupes et soucieux de leurs conditions de vie. En fait, Pétain mène une répression qui n’a rien de légère et réactive les pratiques judiciaires arbitraires des débuts de la guerre (c'est au cours de l'année 1914 qu'il y a le plus de fusillés). Les conseils de guerre spéciaux sont rétablis pour quelques semaines et aboutissent à l'exécution de 57 soldats, tandis que les peines de prison et de travaux forcés complètent la répression. Or c'est avant tout le pouvoir politique, et non Pétain, qui freine et encadre la répression. Painlevé raconte: "chaque soir, par courriers urgents, arrivaient à mon cabinet les funèbres dossiers des condamnations à mort dont aucune autorité militaire ne demandait la commutation."
Pétain n'est pas l'homme providentiel nommé pour faire cesser les mutineries. Painlevé le désigne généralissime le 15 mai alors même qu'il ignore encore tout des mutineries (jusqu’au 26 mai). Ces dernières se développent donc sous son commandement, bien après le limogeage de Nivelle.
Pétain serait en outre celui qui aurait arrêter les offensives inutiles. En réalité l’ampleur des mutineries conduit le général en chef à adopter une stratégie plus prudente et à ne plus mener de grandes attaques d’infanterie jusqu'à l'automne, faisant de l'année 1917 la moins sanglante du conflit. Pour André Loez, face à la révolte, Pétain "n'ordonne pas d'arrêt des offensives, prescrivant au contraire dans son premier ordre une usure "inlassable" de l'ennemi par des attaques en largeur. [...] c'est la généralisation de la désobéissance qui a rendu inenvisageable le maintien des offensives, non la clairvoyance ou la prévenance des chefs."
En accordant plus facilement les permissions tant désirées, Pétain ne fait qu’appliquer la loi. L'envoi de dizaine de milliers d'hommes en permission à partir du mois de juin relève en outre d'un évident souci tactique. L'état-major considère qu'il s'agit d'un bon moyen pour mettre un terme au mouvement, en dispersant les soldats mécontents.


Chapiteau du sculpteur art-déco Gaston Le Bourgeois (vers 1930) représentant un soldat sur le point d'être fusillé, dans la crypte de la cathédrale de Verdun. Un grand merci à Philippe Pommier, l'auteur de cette photographie.

* La résolution des mutineries. Au delà de la répression et des dispositions réglementaires prises par l'armée à compter du mois de juin, plusieurs événements contribuent à la rétractation des mutineries tels que le refus des passeports pour Stockholm, le rejet de tout compromis de paix formulé par le président du conseil le 1er juin. La reprise en main progressive de l'institution militaire étouffe enfin la dynamique des mutineries en rendant improbable une issue rapide du conflit.
Les conditions concrètes de la mutinerie ne sont guère favorables aux mutins. On se trouve dans un espace rural (10km en arrière du front dans des baraquements, des fermes isolées les unes des autres). Pour communiquer et se rencontrer les mutins doivent parcourir des distances non négligeables pour arriver à faire une manifestation. A l’arrivée, il est très difficile de faire prendre un mouvement comme celui là au sein d’une armée en guerre. Il a sans doute manqué aux mutins un relais politique et social. Le mouvement se désagrège ainsi rapidement. Rappelons en outre que tout au long de ces mutineries, la guerre se poursuit, inexorable. Pour André Loez, "c'est moins une remobilisation volontaire qu'un délitement ordinaire qui explique la résolution des mutineries."




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" le général Nivelle niveleur".

*une évocation sensible du quotidien des poilus.

La chanson de Craonne est truffée de référence au quotidien des soldats. Le morceau s'ouvre sur un retour de permission ("quand au bout d'huit jours") à reculons. " Personne ne veut plus marcher", pourtant la résignation l'emporte encore et le soldat "s'en va là haut en levant la tête".
Le refrain désespéré témoigne du sentiment des soldats, convaincus d'être sacrifiés pour une cause qui les dépasse.
Le deuxième couplet fait allusion à la relève tant attendue par les uns et redoutée par ceux qui montent en première ligne pour "chercher leurs tombes".
Le monde de l'arrière, entraperçu lors des permissions, est ensuite évoqué. Les paroles fustigent les "embusqués", ces hommes qui échappent indûment au conflit, qui se pavanent sur les "boulevards". Au sordide quotidien des tranchées, le(s) auteur(s) opposent les réjouissances de l'arrière où les "gros font la foire".Les paroles accusent à dessein l'opposition entre civils ("civelots") et fantassins ("purotins"). Tandis que les premiers risquent leurs vies à tout moment, les autres semblent se la couler douce à l'arrière. Les riches, "ceux là r'viendront", tandis que les soldats se sacrifient et s’entre tuent pour eux. L'idée est martelée avec force dans les deux derniers couplets.

La chanson se termine sur une sorte de vision subversive. Le poilu menace de cesser les combats. Il évoque la grève, ce qui permet de souligner à quel point les poilus restent des citoyens comme le souligne la thèse d'André Loez aux mutins de 1917. Il semble imaginer (rêver?) une inversion des rôles. "Messieurs les gros", pour lesquels les "purotins" combattent depuis des mois, seraient enfin envoyés en première ligne afin de tâter des réalités de "cette guerre infâme".

Monument du Plateau de Californie
Monument du Plateau de Californie. Source : JP le Padellec


La chanson de Craonne s'est progressivement imposée aux yeux de nos contemporains comme la chanson emblématique de la grande guerre. Elle jouit d'une aura particulière et des légendes tenaces continuent à courir sur son compte. D'aucuns affirment, alors qu'aucune source ne l'atteste, que les autorités militaires françaises auraient promis une forte récompense à quiconque dénoncerait l'auteur du morceau. Autre idée reçue, la Chanson aurait été interdite de diffusion sur les ondes jusqu'à une date récente. Or il n'en est rien!
Le morceau connaît aujourd’hui une nouvelle notoriété. De nombreux interprètes se sont essayés à ce morceau, notamment Marc Ogeret, les Amis d'ta femme (1998), Maxime Leforestier (2003). Des films (l'adaptation d'un long dimanche de fiançailles par JP Jeunet) téléfilms consacrés à la guerre de 14-18 utilisent la chanson.
Pour terminer, laissons la parole à un des personnages du roman "Pain de soldat" écrit par Henry Poulaille en 1937: "Quand bien même on crèverait tous, elle résisterait elle, puisqu'elle avait tour à tour chanté les plateaux de Lorette, ceux de Verdun, ceux de Craonne. C'est la chanson née du peuple de la guerre. Elle est sans chiqué, sans art, elle est un cri."


La chanson de Craonne interprétée par Tichot.

La chanson de Craonne.
Ci-dessous le texte stabilisé qui s'impose au lendemain de la guerre par l'intermédiaire de Vaillant-Couturier. Aujourd'hui la version la plus connue.
Quand au bout d’huit jours, le repos terminé,
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personn’ ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civelots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s’en va là haut en baissant la tête…

Refrain :
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés,
C'est nous les sacrifiés !

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu’un qui s’avance,
C’est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe,
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes… (au refrain)

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c’est pas la mêm’ chose.
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués,
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autr’s, les pauvr’s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là. (au refrain)

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
Car c’est pour eux qu’on crève.
Mais c’est fini, car les troufions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l’plateau,
Car si vous voulez faire la guerre,
Payez-la de votre peau !

Un très grand merci à André pour sa relecture patiente et la communication d'articles cités ci-dessous.

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Sources:
- une remarquable mise au point de Guy Marival dans l'ouvrage dirigé par Nicolas Offenstadt, Le Chemin des Dames, de l'événement à la mémoire, Stock, 2004 (p. 350-359).
- André Loez: "14-18. Les refus de la guerre. Une histoire des mutins", Gallimard, 2010 (p. 310-315). L'auteur nous livre une nouvelle histoire des mutineries de 1917. La rigueur et la clarté du propos rendent sa démonstration particulièrement convaincante.



- Antoine Destemberg et Jean-Daniel Destemberg: "La chanson de Craonne chantée avant même l'assaut du 16 avril?" dans La lettre du Chemin des Dames n° 18, printemps 2010 (téléchargeable au format PDF ici).
- Damien Becquart: "La chanson de Craonne en lettre des tranchées" dans La lettre du Chemin des Dames n°19, été 2010 (téléchargeable au format PDF ici).
- L'article du CRID 14-18 consacré à cette chanson.
- L'émission "Bibliothèque Médicis" (Public Sénat) du 19 mars 2010.
- "1917 La chanson de Craonne. Le cri des mutins" dans Bertrand Dicale: "Ces chansons qui font l'histoire", Textuel, Paris, 2010.
- Sur le site Autour du Chemin des Dames, "la chanson de Craonne d'hier à aujourd'hui."
Liens:
- une version libre de droit au format mp3 trouvée sur le CRID14-18 (enregistrement par la classe de CM2 de l'école Madame de Sévigné de Dieppe durant l'année scolaire 2008-2009, en cours de musique avec Régis Delcroix, musicien intervenant en milieu scolaire.)
- Paroles et partition de La chanson de Craonne par Raymond Lefèbvre et Paul Vaillant-Couturier.

dimanche 14 novembre 2010

Loca Virosque Cano (6) : Ellis Island, Bruce Springsteen , "American Land", (2006) .


Springsteen, ses deux tantes (aux
extrémités) et sa mère à sa droite
lors de la remise de l'award, à Ellis
Island le 22/10/2010.
Le 22 avril 2010, Bruce Springsteen se tenait dans le grand hall du musée d'Ellis Island avec sa mère et ses tantes afin de recevoir un award récompensant un descendant d'immigrant ayant contribué de manière manifeste à l'histoire américaine (Ellis Island Family Heritage Award). Bien que né aux U.S.A, ce qui ne fut pas sans lui causer quelques déboires avec le parti républicain (1), Bruce Springsteen descend d'une arrière grand mère italienne (Rafaella Zerilli, citée d'ailleurs au début du 4° couplet) originaire de Vico Enquense, petit bourg situé à mi chemin entre Castellammare Di Stabia et Sorrento, dans cette jolie péninsule au sud de Naples. Elle arriva à Ellis Island le 3 octobre 1900 avec rien moins que ses 5 enfants.

"I dock at Ellis Island in a city of lights and spires"(2) dit Springsteen dans "American Land" qui porte, dans son texte, un bon lot de clichés sur l'imaginaire des immigrants vis à vis du nouveau monde.


Cette chanson est issue d'un album de reprises intitulé "We Shall Overcome- The Pete Seeger Sessions". On le devine aisément, le disque est une compilation de reprises de chansons folks interprétées ou écrites par Pete Seeger. Pour cet album, le Boss s'est séparé de son E-Street band et a fait appel à des musiciens de New York et du New Jersey pour l'enregistrement des morceaux. Au fil du temps, le groupe devint le "Sessions Band". Dans l'édition dite "American Land Bonus Tracks" apparaît en 18ème morceau cette chanson, qui fait exception puisqu'elle est signée Bruce Springsteen.

Ellis Island : une des portes ouvrant sur la terre promise.

Ellis Island ne fut pas toujours la porte d'entrée vers l'Amérique et son rêve. Les autres sites qui tinrent le même rôle sont toutefois fort peu éloignés de l'île au large de Manhattan.


Castel garden Centre d'immigration de l'état de New
York de 1855 à 1890.


Ellis Island, île située à l'ouest de la pointe sud de Manhattan et proche de Liberty Island sur laquelle se trouve la statue du même nom, n'avait aucunement vocation à servir de porte d'entrée vers les Etats-Unis. En effet, en 1880, y est construit Fort Gibson et le site est utilisé, à l'origine, pour la surveillance côtière. Rappelons d'autre part, que tous les immigrants qui accostèrent avant 1886, ne virent pas Lady Liberty, bien qu'elle soit, tout comme Ellis Island, emblématique de la mémoire de l'immigration aux Etats-Unis. De 1855 à 1890, alors que les Irlandais déferlent vers le nouveau monde, c'est sur le site de Castle Garden (aujourd'hui Castle Clinton), ancien opéra, à la pointe sud de Manhattan, dans Battery Park, que s'établit la nouvelle plateforme destinée à réceptionner les arrivants. A cette époque la quarantaine, en cas de maladie, s'effectue à Staten Island.




Le site d'Ellis Island en 1892.
Ce n'est qu'en 1892 que le centre d'Ellis Island ouvre ses portes, précisément le 17 décembre. Il fonctionnera jusqu'en 1954 ; son ouverture marque l'ère du contrôle fédéral de l'immigration, auparavant pris en charge par les états du pays.




En 1897, une partie des bâtiments est ravagée par un feu venu des cuisines. En 1898, une nouvelle structure sort de terre. Elle comporte le célèbre grand hall (qui arrive en 1900 à faire passer 6500 immigrants à la journée), des dortoirs, et un hôpital réalisé en récupérant les matériaux d'excavation de Grand Central (la gare de New York). En 1905 une troisième île sera ajoutée suivant les mêmes méthodes. La nouvelle station d'accueil des immigrants avec ses dortoirs, ses salles de bagages, son hôpital, ses cuisines, sa station électrique, sa salle de bains, fait travailler un personnel nombreux celui de l'immigration, mais aussi des interprètes, employés, gardes, personnels de maintenance, docteurs, infirmières et même un coiffeur !



Ellis Island : 12 millions d'immigrants.




Le hall du musée de l'immigration de
nos jours rappelle, au dessus d'une
de bagages ayant appartenu aux im-
migrants que 12 millions de personnes
sont entrées aux Etats-Unis par Ellis
Island (photo vservat)
Lorsque le centre d'Ellis Island ouvre ses portes en 1892, l'immigration vers les Etats-Unis en provenance du vieux monde (le continent européen), n'en est pas à ses balbutiements. Le XIXème siècle états-unien est celui de l'immigration de masse en premier lieu parce que la population de l'Europe passe entre 1750 et 1845 de 140 à 250 millions d'habitants.
Cette croissance démographique pèse lourdement sur les successions paysannes soit en faisant baisser la taille des parcelles soit en laissant les puinés sans héritage, favorisant ainsi la migration.


Avec la Grande Famine irlandaise du milieu du XIXème siècle , 1.2 millions d'irlandais partent vers le nouveau Monde s'ajoutant au 850 000 partis depuis les années 1820. (Se reporter sur l'histgeobox aux articles de Blot sur l'émigration irlandaise et leur devenir professionnel aux Etats-Unis). Ces Irlandais se distinguent par leur religion notamment, de la vague des immigrants "invisibles" (3) constituée des anglais, écossais et gallois qui ne sont pas moins de 2.7 millions à quitter le Royaume Uni entre 1820 et 1890.


Outre les causes économiques, on trouve aux origines des départs vers l'Outre Atlantique les troubles politiques qui affectent le vieux continent, tout autant que les persécutions religieuses qui affectent certaines communautés en particulier les populations juives de Russie.






Musée d'Ellis Island : sur cette représentation
graphique, on distinge que ce sont sur les vingt
années qui précèdent et suivent le tournant du
siècle que l'immigration fut la plus forte. (photo
vservat)
Entre 1892 et 1924 12 millions de personnes entrent aux Etats-Unis par Ellis Island et le port de New York.
Parmi les autres communautés européennes qui passent la porte d'or d'Ellis Island, on citera les populations germanophones et scandinaves. Beaucoup d'entre leurs membres ne s'arrêtent pourtant pas à New York et poussent jusqu'au Middle West.




New York, à l'entrée de Mulberry
Street, Little Italy. (photo vservat)






Les Italiens qui leur emboitent le pas (dont Mme Zerilli, grand mère de Bruce Springsteen) ne peuvent donc plus accéder aux terres déjà distribuées. Ils s'installent donc dans les villes, participant à leur développement en se faisant employer dans l'industrie du bâtiment ou des moyens de transport. Les femmes se font embaucher comme employées, en particulier dans l'industrie textile en plein décollage. Aujourd'hui, il reste encore à NewYork, sur une portion de Mulberry Street, une partie visible du quartier de Little Italy, peuplé de ces migrants du sud de l'Italie immortalisés par les cinéastes.





Dernières communautés à affluer vers le nouveau monde, celles en provenance d'Europe de l'est. On pense immédiatement aux populations juives persécutées par les pogroms en Russie. Il faut y ajouter les polonais qui se transforment, à la faveur de leur passage de l'autre côté de l'Atlantique de main d'oeuvre agricole en composante déterminante du prolétariat industriel urbain.




Mur des passeports,
musée d'Ellis Island.(vservat)
Au final selon l'historienne Nancy Green entre 1899 et 1924 3.8 millions d'italiens, 1.8 million de Juifs, 1.5 million de polonais, 1.3 million d'allemands, 1 million de britanniques, autant de scandinaves et tout juste un peu moins d'irlandais (800 000) sont venus transfigurer la population des Etats-Unis.


















Ellis Island : un parcours réglementé vers le rêve américain.


Musée d'Ellis Island, résumé
du parcours de

l'arrivant. (photo vservat)
A la sortie du ferry qui les dépose sur Ellis Island, après un voyage qui ne fut souvent pas de tout repos, les migrants européens ne sont pas encore au bout de leurs peines. Un parcours balisé et réglementé les attend dans ce lieu transformé en une véritable tour de Babel tant y résonnent toutes les langues du continent européen.


Les migrants sont dirigés vers les services de la santé publique qui seront les premiers à les examiner. Les médecins prirent assez vite le coup de main pour identifier les migrants malades et affaiblis tant et si bien qu'ils s'alignèrent sur le "6 seconds physical" (un examen express de 6 secondes, dans lequel l'examen des yeux est un moment crucial pour détecter le trachome, maladie occulaire contagieuse). Peu d'arrivants sont recalés à l'examen médical (on estime leur proportion à 2%). Pour ceux que cela concerne toutefois, le marquage est de rigueur ; une coche à la craie est appliquée sur leur vêtement à hauteur de la poitrine et ils sont ensuite redirigés vers les services médicaux pour examen complémentaire. Une écrasante majorité arrive néanmoins dans le grand hall du bâtiment principal d'Ellis Island. Là, les arrivants rencontrent, au terme de leur attente, un employé de l'USIS (United States Immigration Service) qui les questionne et parfois américanise leur patronyme.(4) .Cette ultime étape est celle qui permet d'obtenir le sésame vers la terre ferme et New york.


Le grand hall d'Ellis Island.
(photo de photo du musée, vservat)


A certaines périodes, bien sûr, les lois sur l'immigration modifièrent quelque peu ce parcours. A partir de 1917 un "Litteracy Test" est mis en place, et à partir de 1921, des quotas limitant l'entrée aux Etats-Unis par New York sont établis (3% puis 2% des communautés déjà présentes sont autorisées à passer, les quotas s'appuyant respectivement sur les recensement de 1910, et de 1890). Ce durcissement législatif aboutit à un forte chute du nombre d'entrées sur le sol des Etats-Unis.




Ellis Island : un long silence puis la résurrection de la tour de Babel du nouveau monde.


La seconde guerre mondiale transforme le centre d'Ellis Island en lieu de détention pour les ennemis des Etats-Unis (en 1946, environ 7 000 allemands, italiens et japonais étaient détenus à Ellis Island) et aussi en centre d'entrainement pour les gardes côtes. Le site est définitivement fermé en 1954 et entre en sommeil. Il se dégrade rapidement comme on peut le voir sur les photos ci dessous.


Le débarcadère en ruine, 1974.
(P. Buelher).
Le réfectoire, 1974.
(P. Buelher)









En 1965, Ellis Isalnd devient monument national en étant intégré au parc de la Statue de la liberté. A partir de 1984, une énorme opération de rénovation débute. Elle redonne vie aux lieux pour les transformer en ce musée que l'on visite aujourd'hui. Elle résuscite aussi les vies de ceux qui traversèrent l'océan et surent laisser, sur un mur, la trace émouvante de leur passage vers une nouvelle vie, en terre Américaine.


Dessin d'un bateau gravé sur un des murs du site d'Ellis
Island par un migrant anonyme mis à jour à la faveur de la rénovation du site.
(photo vservat)




Notes :
(1) Voir l'article de Aug sur l'histgeobox
(2) "J'ai accosté à Ellis Island dans une ville de lumière et de flèches"
(3) L'expression est de N. Green, elle l'emploie pour les migrants anglophones qui se sont fondus rapidement dans le creuset, sans différence de langue.
(4) On en trouve un exemple romancé dans "Moon palace" de P. Auster, écrivain New Yorkais : "Plus tard, oncle Victor m'a raconté qu'à l'origine le nom de son père était Fogelman, et que quelqu'un, à Ellis Island, dans les bureaux de l'immigration, l'avait réduit à Fog, avec un g, ce qui avait tenu lieu de nom américain à la famille jusqu'à l'ajout du second g, en 1907. Fogel veut dire oiseau, m'expliquait mon oncle, et j'aimais l'idée qu'une telle créature fît partie de mes fondements. Je m'imaginais un valeureux ancêtre qui, un jour, avait réellement été capable de voler. Un oiseau volant dans le brouillard, me figurais-je, un oiseau géant qui traversait l'Océan sans se reposer avant d'avoir atteint l'Amérique".


Bibliographie / sitographie :


A. Kaspi, "Les américains" Tome 1, points seuil, 1986.
N. Green, "Et ils peulèrent l'Amérique", découverte gallimard, 1994
J. Rainhorn, "L'appel de l'Amérique", l'Histoire, 04/2007.
P. Rygiel, "Quand l'Europe était une terre d'émigration", les collections de l'Histoire, 01/2010




et maintenant place à la musique :





American Land
What is this land America so many travel there
Quelle est cette terre d'Amérique vers laquelle tant voyagent
I'm going now while I'm still young my darling meet me there

Je m'y rends désormais tant que je suis jeune, ma chérie, retrouve moi là bas
Wish me luck my lovely I'll send for you when I can

Souhaite moi bonne chance mon aimée, je t'écrirais dès que possible
And we'll make our home in the American land

et nous fonderons notre foyer en terre Américaine.

Over there all the woman wear silk and satin to their knees

Là bas toutes les femmes portent soie et satin jusqu'aux genoux
And children dear, the sweets, I hear, are growing on the trees

Et leurs chers enfants, si doux, ai-je entendu, poussent sur les arbres
Gold comes rushing out the rivers straight into your hands

L'or surgit des rivières directement dans tes mains
When you make your home in the American Land

Quand tu vis en terre Américaine.

There's diamonds in the sidewalk the's gutters lined in song

Il ya des diamants sur les trottoirs, des caniveaux doublés de chansons
Dear I hear that beer flows through the faucets all night long

Chérie j'ai entendu la bière couler des tireuses toute la nuit
There's treasure for the taking, for any hard working man

Il y a des trésors à prendre, pour tout homme capable de travailler dur
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.

I docked at Ellis Island in a city of light and spires

J'ai accosté à Ellis Island dans une ville de lumière et de flèches
She met me in the valley of red-hot steel and fire
Elle m'a rencontré dans la vallée de l'acier en fusion et du feu
We made the steel that built the cities with our sweat and two hands

Nous avons fait l'acier qui a servi à construire ces villes avec notre sueur et deux mains
And we made our home in the American Land
Et nous avons établi notre foyer en terre Américaine.


There's diamonds in the sidewalk the's gutters lined in song

Il ya des diamants sur les trottoirs, des caniveaux doublés de chansons
Dear I hear that beer flows through the faucets all night long

Chérie j'ai entendu la bière couler des tireuses toute la nuit
There's treasure for the taking, for any hard working man

Il y a des trésors à prendre, pour tout homme capable de travailler dur
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.

The McNicholas, the Posalski's, the Smiths, Zerillis, too

Les McNicholas, les Posalski, Les Smith, les Zerilli aussi
The Blacks, the Irish, Italians, the Germans and the Jews

Les Noirs, les Irlandais, Les Allemands, et les Juifs
Come across the water a thousand miles from home

Traversèrent la mer, des centaines de miles de chez eux
With nothin in their bellies but the fire down below

Avec leurs ventres vides mai le feu à leurs trousses

They died building the railroads worked to bones and skin

Ils mourrurent en construisant les de chemin de fer se tuant au travail
They died in the fields and factories names scattered in the wind

Ils mourrurent dans les champs et les usines
They died to get here a hundred years ago they're still dyin now

Ils mourrurent pour arriver jusqu'ici il y a cent ans de cela et ils y meurent encore
The hands that built the country were always trying to keep down

Les mains qui édifièrent ce pays ont toujours éssayé de ne as se montrer



There's diamonds in the sidewalk the gutters lined in song

Il ya des diamants sur les trottoirs, des caniveaux doublés de chansons
Dear I hear that beer flows through the faucets all night long

Chérie j'ai entendu la bière couler des tireuses toute la nuit
There's treasure for the taking, for any hard working man

Il y a des trésors à prendre, pour tout homme capable de travailler dur
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.



American Land