vendredi 26 juin 2009

173. Johnny Okosun: "Fire in Soweto."


La photo, en noir et blanc, a fait le tour du monde, symbole de la brutalité du régime d'apartheid: Hector Pieterson, écolier abattu par la police le 16 juin 1976, première victime du soulèvement de Soweto, gît dans les bras d'un plus grand que lui, en larmes.

Dans l'article précédent, nous avons définit le système de l'apartheid et l'arsenal juridique qui l'accompagne.

La politique d'Apartheid entraîne une contestation intérieure importante. C'est particulièrement vrai après la nomination de Hendrick Frensch Verwoerd comme premier ministre en 1958. Toute tentative de remise en cause du statu quo est combattue avec violence par le pouvoir blanc, qui maintient de fait les populations noires dans la misère et la marginalité. Ces injustices contribuent ainsi à gonfler les rangs de l'ANC.

L'African National Congress (créé en 1912) anime la lutte des Noirs depuis soixante ans, or l'organisation se renforce avec l'accession à sa tête d'une génération de jeunes gens déterminés au cours des années 1940, en particulier Oliver Tambo, Nelson Mandela, Walter Sisulu. Il opte pour une confrontation directe, mais non violente, avec l'adversaire.

Oliver Tambo et Nelson Mandela, en 1962.

Ainsi en 1952, avec le South African Indian Congress (organisation populaire auprès des importantes populations indiennes du pays), l'ANC orchestre la Defiance Campaign against injust Laws. Ce mouvement de désobéissance civile fustige en particulier les Pass Laws. Ces lois interdisent les déplacements des non-Blancs à l'intérieur du pays (ils ne peuvent ainsi quitter les terres appartenant aux Blancs, et sur lesquelles beaucoup travaillent, pour émigrer vers les villes).
Le mouvement se prolonge en 1953, mais il est rudement réprimé.

En réaction, l'ANC organise en 1955, à Klipfontein près de Johannesburg, un "congrès du peuple", au cours duquel est adoptée la "Charte de la liberté", qui sert dès lors de plate-forme pour l'ANC. Cette charte repose sur quelques principes intangibles:
- égalité raciale,
- la démocratie,
- nationalisation des grandes entreprises,
- réformes agraires,
- instauration d'un salaire minimum...


L'influence de l'ANC inquiète bientôt les autorités qui durcissent la répression. Une série de procès intentés aux leaders du mouvement s'engage. Entre-temps, une scission se forme au sein de l'ANC. Un groupe dirigé par Robert Sobukwe s'inquiète de l'influence des "communistes" sur la politique du mouvement. Expulsé de l'ANC en 1958, il fonde le Pan-Africanist Congress (PAC), favorable au nationalisme africain.

Massacre de Sharpeville en mars 1960.

En 1960, le gouvernement prépare un référendum sur la transformation du pays en République et sur la sortie du Commonwealth. L'ANC et le PAC, taisent alors leurs différences, pour organiser d'importantes manifestations pour obtenir la suppression des Pass Laws et des augmentations de salaires. Le 21 mars, alors que 300 000 Africains se dirigent vers le Parlement du Cap, la police ouvre le feu et abat 69 habitants de Sharpeville. Le mouvement de contestation prend une ampleur colossale. Les autorités décident alors d'interdire l'ANC et le PAC. Pour la première fois, la communauté internationale sort de son apathie et condamne le massacre de Sharpeville.



Les leaders de l'ANC, contraints à opérer dans la clandestinité, tirent les enseignements du drame et abandonnent la résistance passive pour la lutte armée. En 1962, la police arrête une partie de la direction clandestine de l'ANC, notamment Nelson Mandela, qui fait désormais figure de dirigeant de l'organisation.
Le procès de Rivonia, en 1964, condamne Mandela et 7 autres co-accusés à perpétuité dans la prison de Robben Island, au large du Cap.
Les partisans de l'ANC et du PAC qui sont parvenus à passer entre les mailles du filet s'exilent dans les pays limitrophes, notamment en Zambie, en Tanzanie. L'éloignement limite leur influence sur le plan local. En éliminant la direction de ces organisations, les autorités s'assurent une relative tranquillité pour une dizaine d'années, même si, tout au long de cette période des militants sont constamment arrêtés puis incarcérés sans procès.

En 1966, le premier ministre Hendrik Verwoerd se fait poignarder par un huissier au Parlement. B. J. Vorster lui succède et continue de bâillonner toute forme d'opposition. A partir des années 1970, le gouvernement décide d'accélérer le processus d'"indépendance" des bantoustans. L'objectif est de priver tous leurs habitants de leur citoyenneté sud-africaine.

Steve Biko.

L'annonce que l'afrikaans devient obligatoire dans les écoles suscite une immense colère dans les townships. Soweto s'embrase le 16 juin 1976. En réalité, les causes de ces révoltes sont bien plus profondes. Le Mouvement de la conscience noire animé par Steve Biko semble l'instigateur de cette explosion de colère. Pendant 18 mois, , les lieux publics sont incendiés, les voitures brûlées, les commerces pillés. De proche en proche, la fièvre gagne bientôt les quartiers résidentiels métis et indiens. Une terrible répression s'abat alors sur le pays. Les services de sûreté arrête Steve Biko le 18 août 1977. Il mourra 26 jours plus tard des suites des blessures qui lui sont faites lors de son interrogatoire (voir le bel article de Richard Tribouilloy sur ce blog).




Cette répression policière dans les townships révoltés aura néanmoins de fortes répercussions:
- elle frappe le monde entier avec des clichés qui font le tour du monde. On relève entre 600 et 1000 morts. L'opinion internationale prend enfin véritablement conscience de la nature du régime.
- De jeunes militants fuient le pays et rejoignent les rangs de l'ANC en exil, ce qui contribue à galvaniser le mouvement après l'atonie de la décennie précédente. L'organisation, désormais dirigé par Oliver Tambo, multiplie les attaques sur le front militaire. Il sabote des installations statégiques. Surtout, elle parvient enfin à obtenir des relais au sein de la communauté internationale qui prend des mesures fortes (sanctions économiques, embargo sur les armes, boycotts des rencontres culturelles et sportives).

Le 21 juin 1976, des émeutiers utilisent des voitures en guise de barricade ( Keystone/Getty Images).

* A l'intérieur du pays, l'opposition noire réapparaît progressivement.
- Bien qu'interdits, les syndicats deviennent très puissants à l'instar du Congress of South African Trade Unions (COSATU).
- les leaders religieux tels que Allan Boesak ou l'archevêque anglican Desmond Tutu (prix Nobel de la paix 1984) prennent la parole au nom des noirs et se font l'écho de leurs aspirations.
- en 1985, une fédération de mouvements anti-apartheid, proches de l'ANC, forment l'United Democratic Front.





Incontestablement à partir des années 1980, si la situation s'est décantée dans le reste de l'Afrique australe, le régime de l'apartheid, bien de fragilisé, semble encore solide. Nous reviendrons sur la transition démocratique dans un prochain article, à suivre donc...


Les émeutes réprimées dans le sang par Pretoria en 1960, 1976 notamment, ne laissent pas indifférents les artistes et de nombreuses chansons ont pour thème ces révoltes. Miriam Makeba consacre ainsi l'émouvant Soweto blues aux conditions d'existence sordides dans les townships. Rage Against the Machine intitule un de ses morceaux Township rebellion. Johnny Okosun décrit les émeutes dans son efficace Fire in Soweto (dès 1977). Enfin, le Gabonais Pierre Akendengue consacre une très belle chanson aux "combattants de la libertés". Il y fait notamment référence aux révoltes qui embrasent Soweto en 1976, mais il revient aussi sur le massacre de Sharpeville, en 1960.

Pochette du disque "Fire in Soweto" de Johnny Okosun, reggaeman nigérian.

"Salut aux combattants de la liberté". Pierre Akendengue (1987).

Salut à vous héros de la première heure
combattants de la liberté
salut à toi Salomon Mahlangu
(...)

Pretoria juin 1976 Pretoria juin 1983
histoire sanglant écrite avec la chair du peuple déchiré
déchiré par les années d'oppression, par les années d'humiliation, par les années de lutte
lutte pour défendre notre terre
terre nourrissante, terre sanglotante, terre berceuse

des jours sans nuits, des nuits convulsives
ruisselantes de sang
le sang de tes fils tombés sur les champs de bataille
têtes chercheuses de liberté et de dignité

Sharpeville 1960 Soweto juin 1976
l'aube crache la fumée
un gamin debout sur le portail
"maman, j'ai faim,
maman pourquoi tu pleures?
maman où est parti Jerry?
maman où est parti Marcus?"

Silence, silence, encore silence

"maman, des blancs, des fusils,
des blancs avec des fusils"

silence

"regarde mon fusil maman"

silence, silence, encore silence

salut à toi combattant de demain
salut à toi mère en larmes
salut à vous combattants de la liberté
il n'y a plus de champ de bataille
le champ de bataille est partout
car le front est là où est l'ennemi.

Sources:
- "Afrique du Sud", Bibliothèque du voyageur, Gallimard, 2006.
- L'Histoire n° 306. Fr. X. Fauvelle-Aymar: "Et l'Afrique du sud inventa l'Apartheid", février 2006.
- E. Melmoux et D. Mitzinmacker: "Dictionnaire d'histoire contemporaine", Nathan, 2008.
- L'Afrique enchantée.


Liens:

- "Soweto 1976: an audio history: NPR."
- Les archives de radio Canada consacrées à l'apartheid.
- Histoire d'une des photos les plus célèbres au monde.
- Le site de Pierre Akendengue.

172. Alpha Blondy: "Apartheid is nazism."

Une des nombreuses plaques apposées sur les lieux publics en Afrique du sud au temps de l'Apartheid.

En 1948, le parti national purifié de Daniel Malan accède au pouvoir. Ce mouvement ultranationaliste impose alors l'apartheid ("séparation" en afrikaans). Ce système politique, et juridique repose sur la stricte séparation des Blancs et des non-Blancs. Surtout, il assure l'hégémonie d'une petite minorité blanche sur le reste de la population.

* Au cours des années 1950, une série de lois et ajustements juridiques permettent de contrôler la population:

Maisons dans le township de Soweto.

- Le population registration act (loi d'enregistrement de la population) de 1950 aboutit à la classification, sur des bases raciales, de la population. Quatre groupes sont ainsi distingués: les Blancs, les métis, les indiens et les Noirs.

- La prohibition of mixed mariages interdit les mariages inter-raciaux (1949) , tandis que l'immorality amendment act prohibe aussi les relations sexuelles.

- La reservation of separate amenities act (loi sur la séparation des équipements publics de 1953) aboutit à la ségrégation dans tous les lieux publics (transports, écoles, hôpitaux, cimetières...). On parle de Petty apartheid.



Une corde sépare Blancs et Noirs dans un stade.

- Le Group aeras act conduit à une ségrégation spatiale implacable puisqu'il détermine, pour chaque groupe racial, une zone d'habitation. Pour les Noirs sont ainsi créés 10 homelands ("patries") ou bantoustans, régions rurales bien délimitées qui se transforment en "réserves" indigènes prétendument autonomes. Au travers d'une autonomie fictive, Bernard Droz (voir sources) rappelle que" les Bantoustans répondent à un triple objectif: freiner la mobilité géographique de la main d'oeuvre, et par là son insertion urbaine; atténuer les tensions en permettant à une élite noire d'accéder à des responsabilités, entraver et diviser le nationalisme noir en ranimant la diversité ou les hostilités ethniques". Cette mesure (Grand Apartheid) réserve l'immense majorité du territoire (et les meilleures terres) à la minorité blanche.

L'Afrique du sud au temps de l'apartheid (source: atlas historique).

Il convient d'ajouter à ce dispositif législatif l'apartheid urbain, qui oblige les Noirs à vivre à l'écart des villes, dans des agglomérations de petites habitations, les townships, dont Soweto (acronyme de South West Townships), constitue l'archétype.


A 16 ans, tous les Noirs doivent posséder un pass qui détermine où ils peuvent vivre, travailler.
La législation réglemente ou interdit en effet les déplacements intérieurs.


Sous couvert d'anticommunisme, les gouvernements successifs autorisent la répression de toute activité d'opposition. Enfin, la loi sur le terrorisme (1967), terme à la définition particulièrement élastique dans la loi, légalise les mesures d'exception (état d'urgence, couvre-feu...) et conduit le pays dans une dérive totalitaire. De fait, la classification des individus selon des critères raciaux, l'emprise de l'Etat sur l'individu, jusque dans la sphère la plus intime; les déplacements de personnes dans des territoires réservés ne manquent pas de faire songer à l'Allemagne nazie, même si évidemment la comparaison s'arrête là.

Alpha Blondy invite en tout cas, les Etats-Unis à faire pression sur le régime de Pretoria afin qu'ils mettent un terme au système de l'apartheid. De fait, le milieu des années 1980 constitue une période charnière pour les autorités sud-africaines. Désormais, elles doivent compter avec un blocus qui asphyxie l'économie du pays. Ceci prouve aussi que, pendant près de quarante ans, la communauté internationale s'est révélée particulièrement timorée à l'endroit des autorités sud-africaines, se contentant le plus souvent d'une condamnation verbale du régime (c'est particulièrement vrai du Royaume-uni, longtemps très conciliant avec son ancien dominion). La progression de l'influence communiste en Afrique australe avec la décolonisation portugaise explique en partie cette réserve côté occidental, en tout cas jusqu'au milieu des années 1980... mais cela est une autre histoire dont nous vous parlons ici.





Alpha Blondy: "Apartheid is racism". (1985)

America, America, America
Break the neck of this apartheid
America, America, America
Break the neck of this apartheid

This apartheid system is nazism, nazism,
they are nazi

1939-1945
Nazi war in Europe
Today in 1985
Hitler on the rise in South Africa

So America, America, America
I say break the neck of this apartheid

You don't have the right to shoot the children
You don't have the right to shoot the children, I say
'Cause black and white we are all the same
'Cause black and white we are all the same, I say

We are all the same i say
so got to wipe away hatred i say

America, America, America
I say break the neck of this apartheid
America, America, America
You've got to break the neck of this apartheid


_____________________

Amérique, Amérique, Amérique, Amérique
tord le cou à l'apartheid (2X)

l'apartheid c'est le nazisme
ce sont des nazis

1939-1945, la guerre nazie déferle sur Europe
Aujourd'hui en 1985, Hitler est de retour en Afrique du sud

Amérique, Amérique, Amérique, Amérique
tord le cou à l'apartheid (2X)

vous n'avez pas le droit de tirer sur des enfants (2X)
Noirs ou Blancs nous sommes les mêmes (2X)

nous sommes tous les mêmes
alors balayons toute cette haine

Amérique, Amérique, Amérique, Amérique
tord le cou à l'apartheid (2X)


Sources:
- L'Histoire n° 306
. Fr. X. Fauvelle-Aymar: "Et l'Afrique du sud inventa l'Apartheid", février 2006.
- E. Melmoux et D. Mitzinmacker: "Dictionnaire d'histoire contemporaine", Nathan, 2008.
- L'Afrique enchantée: "l'Afrique du sud: on dit quoi?".
- Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation", Point, Le Seuil.

Liens:
- "De l'apartheid à la nation arc-en-ciel".
- Un dossier en anglais sur l'Apartheid.
- Photos de l'ONU sur l'apartheid.

mardi 23 juin 2009

171. Fréquences éphémères: "La grosse commission."




Nous touchons ici à ce que l'on nomme la Françafrique dont Bongo représente sans doute l'incarnation la plus achevée. Il s'agit d'un système de liens privilégiés et de réseaux tissés entre les élites des anciennes colonies françaises sur le Continent africain et des acteurs économiques et politiques français.

En effet, une fois les indépendances acquises, les autorités françaises n'ont eu de cesse de maintenir des liens forts avec leurs anciennes colonies. Ainsi, de nombreux réseaux se sont tissés entre les présidents français et les nouveaux dirigeants africains. Le fait que ces derniers soient souvent à la tête de dictatures ne constitue pas un problème pour la "cellule africaine" de l'Elysée, tout au contraire. Un accord tacite se dessine alors qui repose sur le soutien de la France au pouvoir en place, tant que celui ci maintient les intérêts économiques français dans le pays, du donnant-donnant en somme.

Pour ce qui concerne le Gabon, c'est bien sûr l'exploitation des riches ressources pétrolières du pays qui retient l'attention et entraîne la création du groupe Elf.
Elf, le géant français du pétrole, a su en effet s'assurer l'exploitation des riches gisements pétroliers gabonais avec l'aval d'Omar Bongo.

Ci-dessous un morceau d'un 33 Tours sur lequel on peut lire: "offert gracieusement par Elf Gabon à l'occasion du XXIIème anniversaire de l'Indépendance à Port Gentil le 17 août 1982". Musicalement, le titre n'a à peu près aucun intérêt, en revanche les paroles valent le détour et soulignent les relations incestueuses à l'origine de la compagnie. Extraits:

"Il y a cela plus de trente ans une société est née
gabonaise de mère, française de père
elle s'appelle Elf-Gabon
grâce à Elf-Gabon et à l'or noir, nous avons eu
des hôpitaux, des usines, des routes, des maisons modernes,"
(..) suivent quelques équipements financés par Elf Gabon.
" Elf-Gabon à Port-Gentil, ça sent le pétrole."


Air Gabon - Peevox

Revenons sur trois affaires qui éclaboussèrent (de pétrole?) le président gabonais, ainsi qu'une grande partie de la classe politique française.

* L'affaire Elf:
l'enquête ouverte en 1994 par la juge d'instruction Eva Joly démontre l'existence d'énormes commissions occultes versées par la compagnie pétrolière française à Omar Bongo (entre autres) afin de sécuriser ses approvisionnements. Elle met aussi à jour des mécanismes de corruption de très grande ampleur. En retour, des caisses noires, financées par Bongo et d'autres responsables africains, assurèrent de coquettes sommes aux dirigeants de la compagnie, des salaires de complaisance versés à des proches des présidents de la République ainsi que des subventions aux partis politiques français de droite comme de gauche. Les réseaux africains d'Elf étaient animés par André Tarallo, le "M. Afrique" de la compagnie pétrolière et conseiller du président Bongo.


Lors du tonitruant procès de 2005, Omar Bongo ne fut pas convoqué_ protégé qu'il était par son immunité_ tandis que les dirigeants d'Elf héritaient de lourdes peines. Pourtant, le président gabonais a régulièrement été cité comme l'un des bénéficiaires des détournements de fonds publics (305 millions d'euros) reprochés aux prévenus.


* L'affaire Francesco Smalto.

En pleine présidentielle 1995, le couturier Francesco Smalto fut jugé à Paris pour avoir procuré à Omar Bongo des call-girls accompagnant la livraison de costumes, pour un montant de 3 millions de francs par an. Selon Smalto, "une présence féminine facilitait les commandes". Dans un livre d'entretiens publié en 2001 (Blanc comme Nègre, Grasset), Omar Bongo affirme que cette affaire, et les fausses rumeurs sur sa séropositivité qui l'avaient accompagnée, avait été montée en épingle par l'"entourage" d'Edouard Balladur. Implicitement, le président suggérait l'hypothèse d'une vengeance de M. Balladur destinée à sanctionner son choix en faveur de Jacques Chirac.

* L'affaire des "biens mal acquis".

En 2007, trois associations (Sherpa et Survie) accusent Bongo et quatre autres chefs d'Etat africains de"recel de détournement d'argent public" [sur la base d'un rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) recensant les avoirs détournés par plusieurs chefs d'Etat].

Le parquet de Paris ne classe pas la plainte et ouvre une enquête préliminaire en juin 2007. En 2008, l'enquête de l'Office central de répression de la grande délinquance financière dresse l'inventaire impressionnant des biens possédés en France par Bongo et ses proches (appartements, maisons, hôtel particulier. Il possède en outre onze comptes et de nombreuses voitures de luxe). Outré, Omar Bongo dénonce alors une "campagne de calomnies" contre le Gabon.

Ces poursuites judiciaires le convainquent en tout cas de ne pas venir se faire soigner en France. Décidément, tout fout le camp.

* La mort de la Françafrique?



Les rapports troubles entre les présidents de la République française et le dirigeant gabonais se sont maintenus tout au long de la cinquième. Rassemblant au delà des clivages politiques, Bongo est resté le "meilleur ami de la France" en Afrique. Après les années de Gaulle / Foccart, ni Valéry Giscard d'Estaing, ni Mitterrand et encore moins Jacques Chirac ne renonceront aux pratiques occultes.

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo, lors du voyage du premier au Gabon.

Nous pouvions espérer que ces comportements fassent partie du passé, or il semble légitime d'émettre quelques doutes lorsqu'on constate que le précédent secrétaire d'Etat à la coopération, Jean-Marie Bockel, a perdu son poste (comme le monsieur à l'échine souple, il a accepté le poste de secrétaire d'Etat aux Anciens combattants) pour avoir critiqué les relations entre Paris et certaines capitales africaines. Bockel avait pris au mot Sarkozy et affirma donc son souhait de "l'acte de décès de la Françafrique". Les propos auraient fort déplu à Bongo qui l'a fait savoir et qui a donc obtenu de Nicolas Sarkoy le scalp du secrétaire d'Etat (Jean-Pierre Cot, secrétaire d’Etat à la coopération et au développement après la victoire de Mitterrand en 1981, fut débarqué pour les mêmes raisons en 1982).


La grosse commission - Africa wants to be free
Le morceau la Grosse commission propose un collage étonnant de discours de présidents français (de Gaulle, Chirac, Mitterrand) et d'extraits de la pièce de théâtre "Elf, la pompe Afrique", créée et jouée par Nicolas Lambert, animateur de Fréquence éphémères.
Ce titre est tiré de la compilation Africa wants to be free pilotée par l'association Survie.



Pour ceux qui l'auraient raté, nous publiions hier une "biographie musicale" d'Omar Bongo, lire l'article ici.

Sources:
- L'Afrique enchantée: "Bienvenue à Bongoland".
- Jeune Afrique n°2527, 12 juin 2007.
-Le Monde: "Bongo, une série d'affaires politico-judiciaires".


Liens:

- Là-bas si j'y suis: "Elf, la pompe Afrique".
- Le président gabonais Omar Bongo Ondimba, au pouvoir depuis 41 ans et doyen des chefs d'Etat africains en exercice, est mort à l'âge de 73 ans. Avec cette disparition, comme le rappelle Libération, c'est un des piliers du système "Françafrique" qui disparaît. Conscient des carences du système de santé gabonais, qu'il s'est évertué à ne jamais développer (là n'étaient pas ses priorités), il est parti se faire soigner en Espagne il y a à peu près un mois (les récentes poursuites judiciaires ouvertes contre lui l'ont convaincu d'éviter la France).

- "Bongo et la France: quarante ans de mauvais coups" sur Rue 89.

- "Omar Bongo, une vie en image".

- Sur le blog de Colette Braekman: "Omar Bongo, le doyen de la Françafrique s'est éteint en Espagne".

* Quelques titres sur l'histgeobox permettent d'aborder le problème de la Françafrique et des dérives dictatoriales de nombreux pays africains:
- Tiken Jah Fakoly: "Quitte le pouvoir".

- Tryo: "Pompafric".

- Dub Incorporation: "Survie".

dimanche 21 juin 2009

170. Gérard La Viny: "Albert Bernard Bongo, le président qu’il nous faut ".

Omar Bongo et Jacques Foccart (chargé des affaires africaines sous de Gaulle).

* Albert Bongo.

Neuvième enfant d'une modeste famille de cultivateurs originaires de la région de Franceville (dans l'est du Gabon), Albert Bongo naquit en 1935. Orphelin à 12 ans, il est placé sous le tutelle d'un oncle qu'il suit au gré de ses mutations. Employé comme auxiliaire à la poste centrale de Brazaville, il réussit le concours d'entrée de l'administration des PTT.


* Albert Bernard Bongo.
Entre temps, Albert Bongo, jusque-là animiste, se convertit au catholicisme et adopte pour l'occasion un second prénom: Bernard. Appelé sous les drapeaux en 1958, il fait son service dans l'armée de l'air française et en sort lieutenant en 1960, alors que le Gabon accède à l'indépendance. Le premier chef d'Etat du pays est Léon Mba. Il obtient le soutien du général de Gaulle et de Foccart (le monsieur Afrique du général). Il faut dire que Mba a tout pour rassurer. Depuis plusieurs années, il militait en effet pour que le Gabon soit transformé en un département français et pour qu'un drapeau tricolore figue dans un angle du drapeau gabonais! Entre temps, Albert-Bernard Bongo intègre le ministère des affaires étrangères, où il se fait repérer par le président gabonais.


Albert Bongo et Léon Mba.

En 1962, à 27 ans, Bongo devient son directeur de cabinet. Or, très vite, le président se transforme en autocrate et l'armée le renverse le 17 février 1964 à la faveur d'un coup d'état. Les troupes françaises interviennent aussitôt afin de rétablir le fidèle Mba dans ses fonctions. Mais malade (il a un cancer), Mba tente de se trouver un dauphin potentiel. Bongo semble l'homme de la situation. Après un entretien test avec de Gaulle, il est adoubé comme successeur désigné. En 1966, il devient vice-président et successeur constitutionnel. Ainsi, il devient automatiquement le deuxième président de la République gabonaise à la mort de Mba en 1967.

Bongo et le général de Gaulle, en janvier 1968.

Bongo s'installe donc dans le palais présidentiel, boulevard du bord de mer, à Libreville. Dès le mois de mars 1968, il lance de PDG (Parti démocratique gabonais) et met alors fin au multipartisme, sous le prétexte qu'il risquerait de voir le pays de verser dans le tribalisme (chaque ethnie risquant de voter pour ses membres). Ce virage autoritaire soulève bien peu de contestation, en tout cas surtout pas de la France. Bongo s'affirme en effet comme un soutien indéfectible de l'ancienne métropole dans la zone.

Lors de la guerre du Biafra (à partir de 1967), il met ainsi à disposition l'aéroport de Libreville (De Gaulle et Houphoüet Boigny soutiennent la sécession de cette riche province nigériane). C'est donc par l'aéroport gabonais que transitent les armes à destination des rebelles biafrais (sous couvert de vol humanitaire de la Croix rouge). Les relations franco-gabonaise sont alors très "cordiales", au nom des intérêts bien compris de chacun et une réelle connivence se créée entre les services secrets français et le président gabonais. Bongo doit sa place à la France, celle-ci à besoin de l'appui gabonais pour poursuivre ses interventions plus ou moins discrète en Afrique équatoriale.

Une formule de Bongo résume plutôt bien les rapports franco-gabonais. Pour lui, "l'Afrique sans la France, c'est la voiture sans le chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant." De fait, les riches ressources en pétrole du pays assurent un décollage économique au pays. Libreville se hérisse alors de haut-buildings ultramodernes. Bongo sait ainsi s'appuyer sur la richesse du pays dont le sous-sol regorge de manganèse, d'uranium et surtout de pétrole. Il se fait alors bâtisseur et construit le chemin de fer Transgabonais, un port en eau profonde, des centrales électriques, des routes, dote le pays d'une compagnie aérienne (air Gabon). Tout semble alors réussir au petit pays et d'aucuns parlent alors de "miracle gabonais". Pourtant, à y regarder de plus près, on constate que son développement est entièrement tributaire du pétrole, tandis que les inégalités sociales deviennent particulièrement criantes.

Le jeune président Bongo (1973).

* El Hadj Omar Bongo.
En 1973, Bongo se convertit à l'islam. Là encore, l'opportunisme semble dicter son choix plus qu'une préoccupation spirituelle. La conversion intervient en effet après une visite au colonel Kadhafi. Bongo, qu'il faut désormais appeler Omar, est sans doute motivé par un rapprochement avec les pays du Golfe, riches en pétrole. De fait, le Gabon intègre le Gabon en 1975.



Bongo contrôle son pays fermement et impose ses vues dans un "petit livre vert" qui devient vite le bréviaire de tout Gabonais qui se respecte. Le président y multiplie les maximes lénifiantes. Rien ne semble pouvoir menacer Bongo qui triomphe lors des différentes échéances électorales (il recueille plus de 99% des voix en 1973, 1979 et 1986, faute d'adversaire). Les opposants politiques sont, quant à eux, réduits au silence ou exécutés (tel Germain Mba assassiné en plein Libreville par deux mercenaires français).

Omar Bongo le president quil nous faut - Gerard La Viny

Pourtant, au début des années 1980, les signes inquiétants s'accumulent pour le Gabon de Bongo. D'abord, la crise économique frappe le pays de plein fouet et ses relations avec le président François Mitterrand sont d'abord très tendues. Il doit alors s'appuyer sur ses réseaux pour trouver un équilibre dans ses relations avec le président français. En 1983, il obtient en tout cas le scalp du ministre de la Coopération, Jean-Pierre Cot qui entendait mettre un terme aux pratiques les plus troubles de la République française en Afrique subsaharienne.
Sur la scène internationale, les critiques commencent à fuser. Le FMI et la Banque mondiale critiquent la gestion des deniers publics.

Dans le contexte de la fin de la guerre froide et avec la chute du mur, les aspirations démocratiques des gabonais se font jour face à un pouvoir usé et corrompu. En janvier 1990, Libreville connaît des manifestations étudiantes impressionnantes, qui s'accompagnent bientôt de grèves et de pillages. Port-Gentil, qui concentre les installations pétrolières du pays, s'enflamme elle aussi. Bongo doit transiger et s'engage à rétablir le multipartisme en mars. La situation s'apaise jusqu'à la mort étrange d'un des meneurs de l'opposition. Port -Gentil est à nouveau en état d'insurrection et il faut l'envoi des paras par la France pour restaurer le calme et restaurer l'exploitation pétrolière (la France est alors dans son rôle traditionnel de maintien au pouvoir des autocrates fidèles).


* Omar Bongo Ondimba (le nom de son père rajouté par décret en novembre 2003).

Après ce premier avertissement, Bongo parvient pourtant à se maintenir au pouvoir. Il remporte 51 % des suffrages lors des premières élections présidentielles pluralistes. La fraude électorale ne fait guère de doute. En 1998 et 2005, Bongo conforte encore ses victoires. L'opposition est rendue atone par la corruption ou grâce aux postes savamment distribués par le président. Par ailleurs, il érige le népotisme en système et place toute sa famille aux postes clefs. Le régime n'a donc que les traits d'une démocratie. La société gabonaise est plus que jamais inégalitaire, la dette extérieure a explosé, tandis que les affaires médiatico-judiciaires entachent durablement l'image de Bongo: affaire Smalto, affaire Elf, affaire des "biens mal acquis" (nous en reparlons trè vite sur le blog).

Giscard_faceA.mp3 -

* Un bilan.
Sur la scène nternationale, Bongo multiplie les médiations au cours des années 1990, avec des réussites au Tchad, en Angola,, en Centrafique, mais aussi des échecs au Zaïre ou au Congo.
En politique intérieure, il a au moins eu le mérite de maintenir le pays en paix, ce qui n'est pas si mal dans une région où les tensions sont nombreuses, mais la situation reste préoccupante et le président a dilapidé la rente pétrolière. La population gabonaise ne profite guère de ce qui devrait être une manne, mais qui ne profite qu'à l'entourage du président et à ses alliés occidentaux.

Le président gabonais est mort à l'âge de 73 ans ce mois-ci, après moults péripéties autour de l'annonce de sa mort (les autorités gabonaises l'ayant ressuscité après l'annonce espagnole). Il était au pouvoir depuis 41 ans. Avec cette disparition, comme le rappelle Libération, c'est un des piliers du système "Françafrique" qui disparaît. Tous les présidents français sans exception auront choyé et ménagé ce "meilleur ami de la France en Afrique". Comme nous l'avons vu, il doit même son poste et la conservation de celui-ci aux autorités françaises, lesquelles auront bénéficié de l'appui inconditionnel du Gabon en Afrique équatoriale. La classe politique française aura bénéficié quant à elle des largesses de l'autocrate.

Le lieu de décès de Bongo est symptomatique de la gestion politique et sociale de son pays. En effet, conscient des carences du système de santé gabonais, qu'il s'est évertué à ne jamais développer (là n'étaient pas ses priorités), il est parti se faire soigner en Espagne (les récentes poursuites judiciaires ouvertes contre lui l'ont convaincu d'éviter la France)...




Pour illustrer cet article, nous vous proposons deux chansons particulièrement savoureuses:
- d'abord un morceau produit à l'occasion du voyage de Valery Giscard d'Estaing au Gabon lors de son mandat (paroles ci-dessous)
- et un titre explicite très dansant à la gloire de Bongo.

Refrain — Bongo est l’ami de Giscard
Giscard est l’ami de Bongo
Bongo est l’ami de Giscard
la France est l’amie du Gabon

Le vrai président de tous les français
l’ami de Bongo et des Gabonais
l’ami de l’Afrique et des Africains
ce président-là, c’est Giscard d’Estaing

Pour gouverner la France et les Français
la France a dit : « Giscard à la barre !! »
pour gouverner le Gabon et les Gabonais
nous disons : « Bongo à l’avant du bateau !! »

refrain ... refrain ...

Pour vivre mieux, pour vivre en paix
il faut changer bien des orientations
Giscard et Bongo, l’un et l’autre l’ont fait
le changement c’est la rénovation

Président de la France, président du Gabon
notre peuple uni vous salue de la main
pour Giscard l’ami et pour nos deux nations
Gabonais, mes frères, chantons ce refrain

refrain ... refrain ...


Sources:
- L'Afrique enchantée: "Bienvenue à Bongoland".
- Jeune Afrique n°2527, 12 juin 2007.


Liens:
- Le tigre.
- Le Monde: "Bongo, une série d'affaires politico-judiciaires".

- "Bongo et la France: quarante ans de mauvais coups" sur Rue 89.
- "Omar Bongo, une vie en image".
- Bakchich.info: "La France orpheline d'Ormar Bongo".

- Sur le blog de Colette Braekman: "
Omar Bongo, le doyen de la Françafrique s'est éteint en Espagne".

* Quelques titres sur l'histgeobox permettent d'aborder le problème de la Françafrique et des dérives dictatoriales de nombreux pays africains:
- Tiken Jah Fakoly: "Quitte le pouvoir".

- Tryo: "Pompafric".

- Dub Incorporation: "Survie".

jeudi 18 juin 2009

169. Crosby Still Nash and Young:"Chicago".


Dans Grant Park à Chicago, des manifestants anti-guerre défient les troupes fédérales (photo de Depardon, Magnum).

Graham Nash compose en 1970 la chanson Chicago dans laquelle il proteste contre la répression des manifestations en marge de la convention démocrate de Chicago en août 1968. Retour sur cet événement révélateur des tensions qui traversent les Etats-Unis en cette fin des années 1960.



La Convention démocrate de Chicago s'ouvre dans un climat de très haute tension:
- l'opposition à la guerre au Vietnam est alors à son point culminant;
- le mouvement pour les droits civiques se radicalise (Black Panthers) et de nombreux ghettos noirs s'embrasent;
- les assassinats politiques à répétition endeuillent le pays et choquent profondément l'opinion publique américaine (Martin Luther King et Robert Kennedy sont assassinés à quelques semaines d'intervalle);
- la contre-culture hippie gagne la jeunesse américaine...

Cette année 1968 fait figure de point culminant dans le rapport de forces qui oppose, depuis le début de la décennie, les tendances progressistes et conservatrices.
La Convention se tient du 26 au 29 août 1968. Ce grand rassemblement, qui devait être une fête, vire rapidement au chaos. Le parti démocrate se déchire sous les yeux du pays.

Des délégués démocrates anti-guerre manifestent au sein de la convention.

* 1968, une année électorale mouvementée:

- l'offensive du Têt lancée par l'armée nord-vietnamienne communiste le 30 janvier 1968 sonne le glas des espoirs de Lyndon Johnson qui annonce le 6 mars qu'il ne se représentera pas aux élections présidentielles de la fin de l'année. Lui qui annonce la fin de la guerre depuis de longs mois voit le nombre des manifestants grossir à mesure qu'augmente le quotas des appelés(une marche sur le Pentagone rassemble 100 000 personnes en octobre 1967).

* L'aile gauche du parti démocrate exige l'arrêt des bombardements sur le Vietnam, le retrait des troupes et la création d'un gouvernement de coalition. L'abandon de Johnson dans la course à la Maison Blanche réjouit les opposants à la guerre qui se tournent en partie vers trois candidats.

- Robert Kennedy, le frère du président assassiné et son ancien ministre de la justice. Jeune, progressiste, Kennedy entend rompre avec les habitudes politiques américaines et paraît décidé à prendre à bras le corps le "problème noir".

Des Américains rendant un ultime hommage à Robert Kennedy. Ils saluent le convoi funéraire qui ramène la dépouille du candidat à Washington.

D'abord distancé dans l'optique des primaires, sa victoire électorale en Californie semble le replacer Kennedy dans la course. Or, Kennedy n'a pas le temps de savourer sa victoire puisqu'il est abattu par un jeune Palestinien de 24 ans, le 5 juin. Ce drame traumatise toute l'Amérique dont le système politique ne parvient pas à se défaire d'une violence omniprésente. A la gauche de Kennedy, deux candidats émergent alors:

Manifestation d'étudiants partisans du sénateur Eugene McCarthy, favorable à un retrait américain immédiat au Vietnam.

- Eugene McCarthy mène une campagne résolument anti-guerre et jouit d'une grande popularité auprès de la jeunesse étudiante contestataire.
- George McGovern, quant à lui, est ouvertement pacifiste, féministe, partisan d'une déségrégation et d'une justice sociale volontaristes. Ses chances de l'emporter restent cependant à peu près nulles.



- Le grandissime favori côté démocrate n'est autre que l'actuel vice-président et poulain de Johnson, dont il entend prolonger la politique: Hubert Humphrey. Opposé à un retrait rapide du Vietnam, il entend prolonger la politique du pésident sortant.
On le voit, le parti démocrate, au pouvoir depuis la période Roosevelt (à l'exception de la parenthèse Eisenhower) est donc profondément divisé, ce que les débats de la Convention mettent à jour.



Côté républicain, le roué Nixon, habitué des campagnes présidentielles entend jouer sa carte à fond. A la différence de ses adversaires politiques, il a le parti à sa botte et triomphe lors de la convention républicaine de Miami. Il choisit le très conservateur Spiro Agnew comme colistier.

Un trublion s'invite dans cette campagne électorale en la personne de George Wallace, candidat populiste du Sud ségrégationniste, dans lequel il remportera d'ailleurs un beau succès.

Les forces de l'ordre répriment violemment les manifestations en marge de la convention démocrate.

* Des manifestations férocement réprimées.

En marge des débats politiques traditionnels, l'agitation gagne les rues de Chicago. Depuis plusieurs semaines, la contestation gagne du terrain et les organisations étudiantes tentent de s'organiser. Leur marge de manœuvre est étroite, puisque Richard Daley, le redoutable maire de la ville a clairement exprimé sa volonté de réprimer toute agitation dans les rues de sa ville. Très mécontent des émeutes qui avaient ravagé Chicago au lendemain de la mort de Martin Luther King, il entend cette fois-ci éviter tout débordement susceptible de ternir l'organisation de la convention démocrate.

"Pégase l'immortel", le candidat des Yippies pour les présidentielles...

Dans ses conditions, les manifestants ne se pressent guère. Ils sont à peine 10 000 à faire le déplacement à Chicago. Les cortèges se composent d'une foule bigarrée. On peut voir des membres du Comité national pour la fin de la guerre au Vietnam (MOBE), ainsi que des Etudiants pour une société démocratique (SDS) auxquels se joignent les trouble-fête du Parti International de la Jeunesse (Yippie) d'Abbie Hoffman et Jerry Rubin. Ces militants anti-guerre se définissent comme "des idéalistes défoncés, animés par la vision d'une utopie future et aliénés par l'immense prison de fous bureaucratiques de l'Amérique."
Le groupuscule iconoclaste multiplie les canulars. Le 25 août, il organise ainsi sa propre convention, "le festival de la vie", qui se déroule au Lincoln Park. Les Yippies y tournent en dérision les débats houleux du camp démocrate et proposent leur candidat pour briguer la présidence: «Pigasus» le porc, un joli petit porcelet, bien plus fiable que Humphrey aux yeux des adeptes du mouvement.

Richard Daley, le maire de Chicago et donc l'"hôte" de a convention démocrate.

D'autres rassemblements ont lieu au Grant Park et devant l'Hôtel Hilton, le quartier général des candidats démocrates. Les protestataires scandent: «Le pouvoir au peuple!», «La paix maintenant!» Le MC5 joue dans Lincoln Park jusqu'à ce que la police intervienne pour faire respecter le couvre-feu. Le 26 août, les forces de l'ordre chargent violemment 3000 manifestants qui bravent le couvre-feu. Le lendemain, le Colisée de Chicago accueille 4000 personnes qui écoutent notamment Phil Ochs et William Burroughs. Le 28 août, le leader des Black Panthers, Bobby Seale harangue la foule dans Lincoln Park et propose de répondre à la violence par la violence. Le même jour, 10 000 à 15 000 personnes manifestent devant le Conrad Hilton.

Le maire souhaite que la Convention soit une réussite pour la ville qu'il transforme en camp retranché. Les forces de l'ordre, omniprésentes, ont reçu des consignes très strictes et doivent dissuader l'arrivée d'éventuels perturbateurs: interdiction est faite de dormir dans les parcs, un couvre-feu est instauré à 23 heures. 12000 policiers municipaux et 7500 militaires et 6000 gardes nationaux font face aux manifestants. Ils bloquent les cortèges et n'hésitent pas à réprimer avec une violence inouïe, arrêtant tous ceux qui passent à leur portée.

La police de Chicago stoppe des manifestants, le 28 août 1968.

Les images de ces brutalités font le tour du monde. Après trois jours d'affrontements, le bilan est lourd, puisque l'on compte des centaines de blessés et 700 personnes arrêtées.

La couverture médiatique des événements dessert considérablement les démocrates. Mais, le fiasco continue avec les poursuites judiciaires visant les responsables des manifestations étudiantes. Le "procès des huit de Chicago" s'ouvre en septembre 1969. Hoffman et Rubin, "têtes" pensantes des Yippies, Tom Hayden, leader des SDS, Rennie Davis, coordinateur national du MOBE, Bobby Seale, cofondateur des Black Panthers, les activistes Dellinger, John Froines et Lee Weiner sont poursuivis pour conspiration. Les débats, particulièrement houleux, virent au ridicule. Des témoins prestigieux apportent leur soutien aux accusés (Allen Ginsberg, Phil Ochs, Norman Mailer, Arlo Guthrie, Peete Seeger, Judy Collins...).
Finalement, l'accusation de conspiration n'est pas retenu, mais le verdict est lourd.

- Bobby Seale, qui avait insulté les juges au début du procès, fut alors condamné à 4 ans de prison pour outrage à la cour.
-Hoffmann, Davis, Dellinger, Rubin et Hayden sont jugés coupables d'incitation aux émeutes et à la violence. Ils écopent de 5 ans d'emprisonnement et d'une amende de 5000 dollars.
- Froines et Weiner sont acquittés.

Une cour d'appel annulera toutefois la sentence en 1972_ la défense ayant démontré que les bureaux des juges avaient été placés sur écoute par le FBI...



Phil Ochs composera une chanson pour l'occasion (voir ci-dessus: 1min 40 sur la video)
Oh, where were you in Chicago?

You know I didn't see you there
I didn't see them crack your head or breathe the tear gas air
Oh, where were you in Chicago?
When the fight was being fought


«Où étais-tu à Chicago?
Je ne t'ai pas vu te faire ouvrir le crâne et respirer les gaz
oh, où étais-tu à Chicago
quand la baston a commencé».

Pour beaucoup, les événements de Chicago sonnent le glas de l'esprit contestataire des sixties et c'est à une révolution conservatrice que l'on assiste avec la victoire électorale de Richard Nixon.

Manifestation de Yippies dans le centre ville de Chicago.


Nixon remporte une très courte victoire le 5 novembre 1968. Il est élu président avec 43% des voix contre 42,7% à Humphrey. Le succès remporté par Wallace dans les bastions démocrates du sud coûte sans doute la victoire à l'ancien vice-président.
S'appuyant sur l'Amérique profonde, Nixon entend rassurer ses concitoyens et rappelle dans un de ses discours qu'il entend représenter « une autre voix, une voix tranquille dans le tumulte des cris. C’est la voix de la grande majorité des Américains, les Américains oubliés, ceux qui ne crient pas, ceux qui ne manifestent pas. Ils ne sont ni racistes ni malades. Ils ne sont pas coupables des fléaux qui infestent notre pays. »
La contre-révolution de droite était en marche...



CSNY "Chicago"1970

Though your brother's bound and gagged
And they've chained him to a chair
Won't you please come to Chicago
Just to sing
In a land that's known as freedom
How can such a thing be fair

Même si ton frère est ligoté et bâillonné
et qu'ils l'ont enchaîné à une chaise
viens à Chicago s'il te plaît
juste pour chanter
dans un coin connu pour être une terre de liberté
Comment une chose pareille peut-elle être juste?

Won't you please come to Chicago
For the help we can bring
We can change the world -
Re-arrange the world
It's dying - to get better
Politicians sit yourself down,
There's nothing for you here
Won't you please come to Chicago
For a ride
Don't ask Jack to help you
Cause he'll turn the other ear

Pourquoi ne pas venir à Chicago?
pour nous apporter de l'aide
nous pouvons changer le monde
l'améliorer
C'est épuisant -pour arranger les choses,
les hommes politiques vous neutralisent
il n'y a rien pour toi là-bas
viens s'il te plaît à Chicago
pour un tour
ne demande pas à Jack de t'aider
car il fait la sourde oreille

Won't you please come to Chicago?
Or else join the other side
We can change the world -
Re-arrange the world
It's dying - if you believe in justice
It's dying - and if you believe in freedom
It's dying - let a man live it's own life
It's dying - rules and regulations, who needs them

s'il te plaît, viens à Chicago
ou alors rejoins l'autre camp
nous pouvons changer le monde
- l'améliorer
c'est épuisant - de réclamer la justice
c'est épuisant - de croire à la liberté
c'est épuisant - de laisser un homme vivre sa vie
c'est épuisant - des règles et des contraintes, qui en a besoin?

Open up the door
Somehow people must be free
I hope the day comes soon
Won't you please come to Chicago?
Show your face
From the bottom to the ocean
To the mountains of the moon

Ouvre la porte
les hommes doivent être libres
j'espère que ce jour viendra bientôt
viens donc à Chicago
sois présent
des fonds océaniques
jusqu'aux sommets lunaires

Won't you please come to Chicago
No one else can take your place
We can change the world -
Re-arrange the world
It's dying - if you believe in justice
It's dying - and if you believe in freedom
It's dying - let a man live it's own life
It's dying - rules and regulations, who needs them
Open up the door
We can change the world

Viens donc à Chicago
personne ne peut le faire à ta place
nous pouvons changer le monde
l'améliorer
c'est épuisant - de réclamer la justice
c'est épuisant - de croire à la liberté
c'est épuisant - de laisser un homme vivre sa vie
c'est épuisant - règles et des contraintes, qui en a besoin?
ouvre la porte
nous pouvons changer le monde

Sources:
- André Kaspi: "Etats-Unis 1968. L'année de la contestation", Complexe, 1988.
- Ph. Artières et M. Zancarini-Fournel (dir.):"68. Une histoire collective (1962-1981)", La découverte 2008.
- Y. Delmas et Ch. Gancel: "Protest songs", Textuel, Paris, 2005.

Liens:

* De nombreux articles sur le monde en 68 avec Samarra.

* Sur L'histgeobox:
- La contestation monte: Simon and Garfunkel "7 o'clock silent night".
- Détroit en flamme MC5 "Mortor City burning".
- Les manifestants à l'honneur: Rolling Stones "Street fighting man".

- Chicago blues.
- Portfolio sur la Convention démocrate de Chicago en 1968.
- Les photos de Raymond Depardon lors de la Convention démocrate.
- Chronologie des événements.
- Sur "le procès des 8" de Chicago.

lundi 15 juin 2009

168. Danyel Waro: "Béber" (1996)



Entre 1963 et 1982, la D.D.A.S.S. (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales) de la Réunion transféra 1 600 enfants en métropole. Ces enfants, abandonnés ou retirés à leurs parents furent arrachés à leur milieu pour être confiés, 9 000 km plus loin, à des familles de régions rurales du Massif Central (principalement en Creuse) ainsi qu'à des orphelinats et autres centres éducatifs.

Longtemps, une chape de plomb recouvrit ce transfert. Il faut attendre les années 1990 pour que la presse s'intéresse aux "enfants noirs de la Creuse, sans creuser davantage l'enquête. En fait, l'opération bénéficie d'une forte médiatisation le 30 janvier 2002, lorsque Jean-Jacques Martial, un Réunionnais exilé en 1966, dépose plainte pour « enlèvement et séquestration de mineur, rafle et déportation ».

Comment expliquer l'oubli qui recouvre cette sombre affaire? Sur l'île, seuls les communistes dénoncèrent cette entreprise. Quant aux familles réunionnaises auxquelles on retira des enfants, elles n'avaient pas les ressources nécessaires pour s'organiser collectivement et protester. Comme le rappelle Ivan Jablonka dans son remarquable ouvrage, dont nous vous parlons ci-dessous: "la migration réunionnaise s'est développée et achevée sans que personne n'y prenne garde".

Ancien foyer où les Réunionnais étaient accueillis lors de leur arrivée à Gueret (reconverti en espace créole aujourd'hui).

La plainte de Martial entraîna en tout cas d'autres témoignages et déchaîna les passions de médias très demandeurs. Certains n'hésitèrent d'ailleurs à à se lancer dans des comparaisons historiques douteuses avec la déportation des Juifs ou encore l'esclavage. On parlait désormais de "crime d'Etat".

C'est tout le mérite d'Ivan Jablonka que de rouvrir ce dossier de manière sereine. Son ouvrage "enfants de l'exil" permet de mieux comprendre cet épisode.

L'auteur adopte un ton sobre, distancié, en bon historien qu'il est. Pour autant, il dresse un constat général accablant. La lecture de son ouvrage n'a rien de rébarbative, dans la mesure où il se fonde dans un premier chapitre sur les témoignages des pupilles qu'il a pu retrouver dans divers fonds d'archives départementaux (notamment ceux de la Creuse, du Tarn et de la Réunion). Ses enfants souffrent du déracinement, de la solitude, du racisme. Certains sont affectés de troubles psychiques graves qui conduisent parfois jusqu'à la dépression, voire au suicide. Certes, il y eut aussi des cas réussis d'adoption, des réussites sociales, mais dans l'ensemble, l'entreprise fut un échec.


La seconde partie, intitulée "la machine d'Etat", démonte les rouages des mécanismes administratifs qui firent fonctionner ce transfert humain. Au coeur du programme se situe un homme, Michel Debré, député de la Réunion à partir de 1963. Très préoccupé par l'accroissement démographique de l'île, il imagine ce projet qu'il n'a de cesse de défendre face aux sceptiques. Pétris de bon sentiment, les employées de la D.D.A.S.S. de la Réunion sillonnent les campagnes réunionnaises surpeuplées en quête d'enfants à "secourir".

Les acteurs de cette vaste opération considéraient en effet faire oeuvre utile en envoyant vers la métropole, dans des régions rurales en voie de désertification, ces enfants, qui constituaient une charge pour leurs familles, souvent miséreuses et illettrés. Quelques promesses d'un avenir meilleur et d'une bonne éducation parvinrent parfois à convaincre les parents. Le recrutement s'avérait encore plus facile avec les enfants abandonnés ou orphelins.


Or, ce système légal et destructeur perdura jusqu'en 1982 (pour des raisons budgétaires...), sans qu'il ne soulève véritablement de débats, comme nous l'avons vu plus haut. Jablonka analyse d'ailleurs dans son livre les démarches judiciaires entamées en 2002, mais reste circonspect face à cette judiciarisation et au risque du jugement de l’Histoire.


En tout cas, avec son ouvrage Ivan Jablonka démontre de manière très convaincante que "la migration des pupilles réunionnais n'est donc pas un dérapage ; elle est une institution républicaine".

Pap NDiaye dans sa critique du livre de Jablonka (voir source) conclut:
" Par là, ce beau livre rappelle que ni la légalité d'Etat ni le sentiment de "bien agir" ne garantissent la justesse et la légitimité d'une politique. Et puis, le hasard fait qu'il tombe à point nommé, au moment où une association "humanitaire" a tenté d'organiser le transfert d'enfants tchadiens subtilisés à leurs familles. Même si, dans ce dernier cas, l'enlèvement des enfants ne relève pas d'une opération d'Etat, et si "comparaison n'est pas raison", le parallèle est troublant et renvoie à la place des anciennes colonies dans les imaginaires occidentaux : des lieux désespérants où il faut sauver l'humanité malgré elle. Vous avez dit néocolonialisme ?"

Danyel Waro.

Fils d'un planteur du Tampon, Danyel Waro découvre les chants réprimés de Firmin Viry, Granmoun Lélé, les inventeurs du maloya traditionnel, sorte de blues des champs longtemps interdit par le colon français. Meneur incontesté du renouveau du maloya, il fait le choix exclusif du créole dans ses chansons. Dans son troisième album,“Bébér” évoque sa rencontre avec l’un de ces “orphelins” réunionnais enlevés à la Réunion pour repeupler les campagnes désertées de la France.

Dans un entretien accordé au magasine Vibrations, Waro raconte: "Il faut voir la mentalité de l'époque pour comprendre. Les paysans venaient dans ces foyers dans la Creuse chercher un petit Noir, "un petit tropical tranquille" pour travailler. Dans ma chanson "Béber", je fais un petit clin d'oeil, pas pour juger, mais pour partager le ressentiment de ces gens."



"Béber" Danyel Waro (1996).

" Mais quelles souffrances traîne-t-il donc
sous l'épais joug de son chariot?
Ce gaillard d'yab, à l'air d'aplomb,
vide les pleurs de son cœur gros.


je te le promet gros Béber
même recroquevillé dans mon roulér


Frère je t'emmènerai danser le maloya
faut que tu quittes Angoulême et
retournes las-bà,
frère je t'emmènerai danser le maloya
au pays de tes sœurs et de tes frères,
baya!


Quelle est cette foutue gueuse, wé !
Qui t’exila dans la Creuse ? Wé !


L’ordonnance Debré nom de Dieu
en déporta pas mal
et pour les PTT combien d’entre eux
passèrent le Canal ?
L’ordonnance Debré nom de Dieu
en déporta pas mal
Et les ladilafé [les commérages], bondieu,
remplirent tant de malles!


Bombe éboulement de cœur entre mes bras
Bébèr bébé blotti serré tout contre moi.


Tu auras beau chercher ta chance
t'adapter sous tes nouveaux cieux,
tant de carêmes et d'abstinence
usent un homme en moins de deux.


L'ardent brasier t'attend
fuis cette neige, ce faux lait blanc


ça chauffera du tonnerre
nous danserons le séga
faut que tu quittes Grande Garenne
reviens à Matouta
ça chauffera du tonnerre
nous danserons le séga
au pays où les promesses
ont de beaux fruits déjà.


Ta vieille plaie de Fournaise
s'est changée en gâteau de neige.


tu gratteras songes et conflors [racines]
n'oublie pas de butter le maïs
tu dois prendre bien soin d'aux d'abord
bien avant qu'ils ne te nourissent.


tu as quitté la poêle
pour tomber dans le feu
maintenant t'as la dalle
et t'as le ventre creux.


non les feuilles de songes

n'encaissent pas la grêle
tu n'as que deux saisons:
la chaude et puis la fraîche
non les feuilles de songes
n'encaissent pas la grêle
sais-tu encore ce qu'est un arbre
quand une forêt tu cherches.


le printemps l'été, l'automne et l'hiver Wé!
ça c'était pour un temps, ignorance d'hier
le printemps n'est pas mon anniversaire Wé!
c'était pour un temps, colonialisme d'hier.


L'ordonnance Debré nom de Dieu

en déporta pas mal
et puis l'armée française mon vieux
par rafale!


Bombe éboulement de coeur entre mes bras
Béber bébé blotti serré tout contre moi.


Le groupe Faham a lui aussi consacré une chanson à cet exil douloureux. Le morceau s'intitule "Réunion sur Creuse". 




Sources:

- Ivan Jablonka: "Enfants en exil. Transfert de pupilles réunionnais en métropole (1963-1982)" le Seuil.
- Magazine Vibrations.
- Livret du dernier disque de Daniel Waro.
- "Récit d'un exil forcé" par Pap NDiaye.

Liens:

- le faham.
- "Enfants réunionnais en exil".
- VSD du 6 au 12 septembre 2001: "A la Réunion, sur les traces de son enfance volée" (VSD).
- Libération du 4 juillet 2001: "Enfants créoles perdus dans la Creuse".
- Nouvel Observateur du 6 au 12 juin 2002: "Les enfants volés de la Réunion".
- Le site de Jean-Jacques Martial.
- Danyel Waro sur scène (attention musique contagieuse).
- Portfolio: "les Réunionnais de la Creuse".
- "Les enfants réunionnais de la Creuse victimes une deuxième fois?".